Parvenu de l’autre côté, sain et sauf, il poussa un soupir de soulagement. « Jamais trop tard pour apprendre ! comme disait mon vieil ancêtre. Quoiqu’il pensait surtout au jardinage, pas à jouer les oiseaux percheurs, ou les araignées dans leurs toiles. Même mon oncle Andy a jamais essayé un truc pareil ! »

Quand toute la Compagnie se trouva rassemblée sur la berge orientale de l’Argentine, les Elfes détachèrent les cordes et roulèrent deux d’entre elles. Rúmil, qui était resté sur l’autre rive, ramena la dernière, la passa sur son épaule et, avec un geste de la main, s’en retourna monter la garde près de la Nimrodel.

« Maintenant, mes amis, dit Haldir, vous voici dans la Naith de Lórien : la Pointe, diriez-vous, car c’est la parcelle de terre qui s’étend tel un fer de lance entre les bras de l’Argentine et d’Anduin le Grand. Aucun étranger n’est autorisé à espionner les secrets de la Naith. Rares sont ceux qui ont même la permission d’y mettre les pieds.

« Comme convenu, je vais bander ici les yeux de Gimli le Nain. Les autres peuvent continuer à marcher librement, jusqu’à ce que nous approchions de nos habitations, à Egladil, dans l’Angle entre les eaux. »

Gimli ne l’entendait pas du tout de cette oreille. « Cet accord a été pris sans mon consentement, dit-il. Je n’irai pas les yeux bandés, comme un mendiant ou un prisonnier. Et je ne suis pas un espion. Les miens n’ont jamais eu commerce avec aucun des serviteurs de l’Ennemi. Et nous n’avons jamais causé de tort aux Elfes. Je ne suis pas plus susceptible de vous trahir que Legolas, ou un quelconque de mes compagnons. »

« Je ne doute pas de vous, dit Haldir. Mais c’est notre loi. Je ne suis pas maître de la loi, et ne puis simplement l’ignorer. J’ai déjà fait beaucoup en vous laissant fouler l’autre rive de la Celebrant. »

Gimli n’en démordit pas. Il se tint fermement sur ses jambes écartées et posa la main sur le manche de sa hache. « Je continuerai librement ma route, ou je ferai demi-tour pour regagner mon pays, où l’on me sait digne de foi, dussé-je périr seul dans les terres sauvages. »

« Vous ne pouvez faire demi-tour, dit Haldir d’un ton sévère. Maintenant que vous êtes ici, il faut vous emmener devant le Seigneur et la Dame. Ce sont eux qui jugeront de vous, de vous détenir ou de vous libérer, comme bon leur semblera. Vous ne pouvez retraverser les rivières, et derrière vous se tiennent maintenant des sentinelles secrètes que vous ne pouvez passer. Vous seriez tué avant de les apercevoir. »

Gimli sortit sa hache de sa ceinture. Haldir et son compagnon bandèrent leur arc. « Peste soit des Nains au cou raide ! » dit Legolas.

« Allons ! dit Aragorn. Si je dois encore vous conduire, vous devez faire ce que je vous demande. Il est difficile pour le Nain d’être ainsi pris à partie. Nous aurons tous les yeux bandés, même Legolas. C’est le meilleur moyen, bien que notre voyage risque d’être long et ennuyeux. »

Gimli eut un rire soudain. « Nous aurons l’air d’une joyeuse bande de fous ! Haldir nous mènera-t-il tous sur une corde, comme des mendiants aveugles derrière un même chien ? Mais je m’estimerai satisfait si seulement Legolas partage ma cécité. »

« Je suis un Elfe, et qui plus est, apparenté aux gens de ce pays » dit Legolas, se mettant en colère à son tour.

« À nous maintenant de nous écrier : “Peste soit du cou raide des Elfes !” dit Aragorn. Mais nous subirons tous le même sort. Allons, bandez-nous les yeux, Haldir ! »

« Je demanderai entière réparation pour toute chute et tout orteil cogné, si vous ne nous conduisez pas bien », dit Gimli, comme on lui plaçait une bande de tissu sur les yeux.

« Je ne vous en donnerai aucun motif, dit Haldir. Je vous conduirai bien, et les chemins sont droits et unis. »

« Voilà bien la folie de notre époque ! dit Legolas. Tous ici sont des ennemis de l’Ennemi suprême, pourtant je dois marcher comme un aveugle, pendant que le soleil égaie les bois sous un feuillage d’or ! »

« Ce peut sembler folie, dit Haldir. Et il est vrai que la puissance du Seigneur Sombre ne se manifeste nulle part plus clairement que dans la désunion entre tous ceux qui s’opposent encore à lui. Mais la confiance et la loyauté sont devenues si rares au-delà des frontières de la Lothlórien, sauf peut-être à Fendeval, que nous n’osons nous-mêmes, par excès de confiance, mettre notre pays en danger. Nous vivons désormais sur une île cernée de nombreux périls, et nos doigts pincent plus souvent la corde de l’arc que celles de la harpe.

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