« Mais il est de la Montagne Solitaire, l’un des honnêtes gens de Dáin, et il a l’amitié d’Elrond, dit Frodo. C’est Elrond lui-même qui nous l’a désigné comme compagnon, et il s’est montré brave et fidèle. »
Les Elfes discutèrent entre eux à voix basse et interrogèrent Legolas dans leur propre langue. « D’accord, dit enfin Haldir. Nous consentons à ceci, bien que ce soit contre notre gré. Si Aragorn et Legolas veulent bien le surveiller et répondre de lui, il pourra passer ; toutefois, il devra traverser la Lothlórien les yeux bandés.
« Mais cessons de débattre. Vos compagnons ne doivent pas rester en bas. Nous guettons les rivières depuis qu’une grande troupe d’Orques a été aperçue il y a de cela bien des jours, montant vers le nord au pied des montagnes, en direction de la Moria. Des loups hurlent aux confins des bois. S’il est vrai que vous venez de la Moria, le danger ne saurait être bien loin. Vous devrez repartir demain de bonne heure. »
« Les quatre hobbits monteront ici et logeront avec nous : ils ne nous font pas peur ! Il y a un autre
Legolas descendit aussitôt porter le message d’Haldir ; peu de temps après, Merry et Pippin se hissaient péniblement sur le haut flet. Hors d’haleine, ils semblaient plutôt effrayés.
« Voilà ! dit Merry, pantelant. Nous avons monté vos couvertures en même temps que les nôtres. L’Arpenteur a caché le reste de nos bagages dans un grand tas de feuilles. »
« Vous vous êtes fatigués inutilement, dit Haldir. Il fait froid dans les arbres en hiver, même si le vent est au sud ce soir ; mais nous vous donnerons de quoi manger et boire qui vous garantira de la fraîcheur nocturne, et nous avons ample provision de peaux et de pèlerines. »
Les hobbits acceptèrent très volontiers ce deuxième (et bien meilleur) souper. Puis ils s’enveloppèrent chaudement, non seulement dans les fourrures des Elfes, mais aussi dans leurs propres couvertures ; et ils essayèrent de dormir. Seul Sam y parvint sans peine, tout fatigués qu’ils étaient. Les hobbits n’aiment pas les hauteurs et ne dorment jamais à l’étage, si tant est qu’ils en aient un ; et comme chambre à coucher, le flet n’était pas du tout à leur goût. Il n’avait aucun mur, pas même de parapet ; seulement d’un côté y avait-il un léger paravent tressé qui pouvait être fixé à différents endroits selon la direction du vent.
Pippin continua à parler encore un peu. « En tout cas, si j’arrive à m’endormir dans ce pigeonnier, j’espère ne pas débouler », dit-il.
« Quand je réussirai à dormir, dit Sam, je continuerai, que je déboule ou pas. Et moins ça va jacasser, plus vite je vais en écraser, si vous me suivez. »
Frodo resta quelque temps étendu sans dormir. Il regardait les étoiles briller à travers la pâle voûte de feuilles, lesquelles frémissaient au vent. Sam ronflait à ses côtés bien avant que lui-même se décide à fermer les yeux. Il distinguait vaguement les formes grises de deux elfes assis immobiles, les bras autour des genoux, chuchotant entre eux. L’autre était descendu à son poste de garde sur l’une des branches inférieures. Enfin, bercé par le vent qui jouait dans les branches au-dessus de lui, et par le doux murmure des chutes de Nimrodel au-dessous, Frodo s’endormit avec la chanson de Legolas en tête.
Il se réveilla tard dans la nuit. Les autres hobbits dormaient. Les Elfes étaient partis. La pâle faucille de la Lune luisait entre les feuilles. Le vent était tombé. À quelque distance, il entendit un rire éraillé et le bruit de nombreux pas au sol. Il y eut un tintement de métal. Puis les sons moururent lentement et parurent s’éloigner au sud, vers le cœur de la forêt.
Une tête apparut soudain à travers l’ouverture du flet. Frodo se redressa, pris de peur, et vit qu’il s’agissait d’un Elfe au capuchon gris. Il regardait vers les hobbits.
« Qu’est-ce que c’est ? » dit Frodo.
«
« Des Orques ! dit Frodo. Que font-ils ? » Mais l’Elfe était parti.
Il n’y eut alors plus aucun bruit. Même les feuilles étaient silencieuses, et les chutes elles-mêmes semblaient s’être tues. Frodo s’assit, frissonnant dans ses vêtements chauds. Heureusement qu’ils n’avaient pas été surpris à camper au sol ; mais si les arbres constituaient une bonne cachette, Frodo ne s’y sentait pas vraiment à l’abri. Les Orques avaient un flair de chien de chasse, disait-on, mais ils pouvaient aussi grimper. Il dégaina Dard : sa lame étincelait et brillait comme une flamme bleue ; mais elle s’éteignit peu à peu et perdit tout éclat. Malgré son épée éteinte, le sentiment d’un danger immédiat ne le quitta pas, mais grandit plutôt. Se levant, il se glissa subrepticement jusqu’à l’ouverture et regarda à travers. Il aurait juré entendre des mouvements furtifs au pied de l’arbre, loin en bas.