— Absolument. Rien de spécial. Je travaille.

Il vit soudain apparaître derrière moi Duke qui s'était réveillé et voulait voir ce qui se passait. Leo ouvrit de grands yeux.

— Marcus, que fait ce chien chez vous ? Je baissai la tête, honteux.

— Je l'ai emprunté.

— Vous avez quoi ?

Je lui fis signe d'entrer rapidement et je fermai la porte derrière lui. Personne ne devait voir ce chien chez moi.

— Je voulais aller voir Alexandra, expliquai-je. Et j'ai vu le chien qui sortait de la propriété. Je me suis dit que je pourrais l'amener ici, le garder pour la journée et le ramener ce soir en faisant croire qu'il était venu chez moi de son propre chef.

— Vous êtes tombé sur la tête, mon pauvre ami. C'est un vol au sens propre du terme.

— C'est un emprunt, je n'ai pas l'intention de le garder. J'en ai juste besoin quelques heures.

Leo, tout en m'écoutant, se dirigea vers la cuisine, se servit sans rien demander d'une bouteille d'eau dans le frigo et s'assit au comptoir. Il était enchanté de la tournure inhabituellement distrayante que prenait sa journée. Il me suggéra d'un air radieux :

— Et si nous commencions par faire une petite partie d'échecs ? Ça vous détendrait.

— Non, Leo, je n'ai vraiment pas le temps pour ça maintenant.

Il se rembrunit et revint au chien qui lapait bruyamment de l'eau dans une casserole posée sur le sol.

— Alors expliquez-moi, Marcus : pourquoi avez-vous besoin de ce chien ?

— Pour avoir une bonne raison de retourner voir Alexandra.

— Ça, je l'ai bien compris. Mais pourquoi vous faut-il une raison d'aller la voir ? Ne pouvez-vous pas simplement passer lui dire bonjour comme une personne civilisée, au lieu de kidnapper son chien ?

— Elle m'a demandé de ne pas la recontacter.

— Pourquoi a-t-elle fait cela ?

— Parce que je l'ai quittée. Il y a huit ans.

— Diable. Effectivement, ce n'était pas très gentil de votre part. Vous ne l'aimiez plus ?

— Au contraire.

— Mais vous l'avez quittée.

— Oui.

— Pourquoi ?

— À cause du Drame.

— Quel Drame ?

— C'est une longue histoire.

*

Baltimore.

Années 1990.

Les moments de bonheur avec les Goldman-de-Baltimore étaient contrebalancés deux fois par an, lorsque nos deux familles se réunissaient : à Thanksgiving, chez les Baltimore, et pour les vacances d'hiver à Miami, en Floride, chez nos grands-parents. À mes yeux, plus qu'à des retrouvailles, ces rendez-vous familiaux s'apparentaient à des matchs de football. D'un côté du terrain, les Montclair, de l'autre les Baltimore, et au centre, les grands-parents Goldman, qui officiaient en tant qu'arbitres et comptaient les buts.

Thanksgiving marquait le sacre annuel des Baltimore. La famille se réunissait dans leur immense et luxueuse maison d'Oak Park et tout y était parfait, du début à la fin. Je dormais pour mon plus grand bonheur dans la chambre d'Hillel, et Woody, qui occupait la chambre voisine, traînait son matelas dans la nôtre pour que nous ne soyons pas séparés, même dans notre sommeil. Mes parents occupaient l'une des trois chambres d'amis avec salle de bains, et mes grands-parents l'autre.

C'était Oncle Saul qui allait chercher mes grands-parents à l'aéroport, et pendant la première demi-heure qui suivait leur arrivée chez les Baltimore, la conversation tournait autour du confort de sa voiture. « Si vous voyiez ça, s'exclamait Grand-mère, c'est vraiment épatant ! Vous avez de la place pour les jambes, comme nulle part ! Je me souviens être montée dans ta voiture, Nathan [mon père], en me disant : plus jamais ! Et puis sale, mon Dieu ! Qu'est-ce que ça coûte de passer un coup d'aspirateur ? Celle de Saul est comme neuve. Le cuir des sièges est parfait, on sent qu'elle est entretenue avec beaucoup de soin. » Puis, quand elle n'avait plus rien à dire sur la voiture, elle s'extasiait à propos de la maison. Elle en explorait les couloirs comme si c'était sa première visite et s'émerveillait du bon goût de la décoration, de la qualité des meubles, du chauffage au sol, de la propreté, des fleurs, des bougies qui embaumaient les pièces.

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