Hillel se coucha sur le lit de ses parents. Il enfouit son visage dans les coussins, se glissa dans les draps, retrouva toutes les odeurs de son enfance. Il revit ses parents dans ce lit, c'était dimanche matin. Woody et lui entraient en fanfare, leur faisant la surprise d'avoir les bras chargés de plateaux de petits déjeuners. Ils s'installaient sur le lit avec eux, ils partageaient les pancakes laborieusement confectionnés. Ils riaient. Par la fenêtre ouverte, le soleil les baignait d'une lumière chaude. Le monde leur appartenait.

Il plaça l'arme contre sa tempe.

Tout finit comme tout commence.

Il appuya sur la détente.

Et tout était fini.

<p><emphasis>CINQUIEME PARTIE</emphasis></p><p>Le Livre de la réparation</p><p><emphasis>(2004–2012)</emphasis></p><p><emphasis>45.</emphasis></p>

Le mois de juin 2012 en Floride fut lourd et chaud.

Ma principale occupation consista à trouver un acquéreur pour la maison d'Oncle Saul. Il fallait que je m'en sépare. Mais je ne voulais pas la vendre à n'importe qui.

Je n'avais pas eu de nouvelles d'Alexandra et j'en étais troublé. Nous nous étions embrassés chez moi, à New York, mais elle était ensuite partie à Cabo San Lucas se donner une chance avec Kevin. D'après les rumeurs qui m'étaient parvenues, son séjour au Mexique avait rapidement tourné au vinaigre, mais je voulais l'entendre de sa bouche.

Elle finit par me téléphoner pour me dire qu'elle partait passer l'été à Londres. C'était un voyage prévu de longue date. Elle était en train de travailler à son nouvel album, dont une partie devait être enregistrée dans un prestigieux studio de la capitale britannique.

J'avais espéré qu'elle me proposerait de nous revoir avant son départ, mais elle n'avait pas le temps.

— Pourquoi m'appelles-tu si c'est pour me dire que tu t'en vas ? lui demandai-je.

— Je ne te dis pas que je m'en vais. Je te dis où je vais. Je répondis bêtement :

— Et pourquoi ?

— Parce que c'est ce que font les amis. Ils se tiennent au courant de ce qu'ils font.

— Eh bien, si tu veux savoir ce que je fais, je suis en train de vendre la maison de mon oncle.

Elle eut une gentillesse dans la voix qui m'agaça :

— Je pense que c'est une bonne idée, me dit-elle.

Dans les jours qui suivirent, un courtier me présenta des acquéreurs qui me plurent. Un jeune couple charmant qui promettait de prendre grand soin de la maison et de la remplir d'enfants et de vie. Nous signâmes le contrat avec le notaire dans la maison, c'était important pour moi. Je leur donnai les clés et je leur souhaitai bon vent. Je m'étais affranchi de tout. Des Goldman-de-Baltimore, il ne me restait désormais plus rien.

Je remontai dans ma voiture et rentrai à Boca Raton. En arrivant chez moi, je trouvai devant ma porte le cahier de Leo, le fameux Cahier n° 1. Je le feuilletai. Il était vierge. Je le pris avec moi et allai m'installer dans mon bureau.

J'attrapai un stylo et le laissai glisser sur le papier du cahier ouvert devant moi. Ainsi débuta ce Livre des Baltimore.

<p><emphasis>46.</emphasis></p>

Baltimore, Maryland.

Décembre 2004.

Quinze jours après le Drame, les corps de Woody et Hillel nous furent rendus et nous pûmes les mettre en terre.

Ils furent inhumés le même jour, l'un à côté de l'autre, au cimetière de Forrest Lane. Le soleil d'hiver était resplendissant, comme si la nature était venue les saluer. La cérémonie eut lieu dans la plus stricte intimité : je fis un discours devant Artie Crawford, mes parents, Alexandra et Oncle Saul, qui tenait une rose blanche dans chaque main. Derrière les verres fumés de ses lunettes, je voyais couler une traînée sans fin de larmes.

Après l'enterrement, nous déjeunâmes dans le restaurant du Marriott où nous logions tous. C'était étrange de ne pas être à Oak Park, mais Oncle Saul n'était pas prêt à retourner chez lui. Sa chambre était contiguë à la mienne et, après le repas, il annonça qu'il allait monter faire une sieste. Il se leva de table et je le vis fouiller dans sa poche pour s'assurer qu'il avait sa clé magnétique. Je le suivis du regard, je scrutai sa chemise déchirée, sa barbe naissante qu'il laisserait définitivement pousser, sa démarche fatiguée.

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