Mais ils n'allaient pas tenir encore longtemps enfermés. C'était comme la prison. Ils devaient essayer de franchir la frontière, ou au moins de changer de motel pour prendre un peu l'air.
Deux jours plus tard, ils repartirent en direction du Montana.
Les paysages étaient époustouflants. C'était un avant-goût du Yukon.
À Bozeman, dans le Montana, ils firent la connaissance d'un homme dans un bar de motards, qui leur confia être en mesure de leur faire des faux papiers pour vingt mille dollars. C'était une grosse somme, mais ils acceptèrent. Des Faux documents de qualité étaient le garant de leur invisibilité, et donc de leur survie.
L'homme leur proposa de les emmener jusqu'à un hangar proche, pour faire des photos d'identité. Ils le suivirent, lui à moto, eux en voiture. Mais le rendez-vous était une embuscade : quand ils descendirent de leur véhicule, ils se retrouvèrent entourés par un groupe de motards armés. Tenus en loue et fouillés, ils se firent voler leur sac d'argent.
Ils se retrouvèrent avec seulement mille dollars, qu'Hillel avait dissimulés dans une poche intérieure de sa veste. Ils passèrent une première nuit, dans la voiture, sur une aire de repos.
Le lendemain, ils roulèrent en direction du Nord. Leur plan était chamboulé. Sans argent, ils n'iraient nulle part. L'essence engloutissait le peu qu'il leur restait. Woody se disait prêt à commettre un braquage. Hillel l'en dissuada. Ils devaient se trouver un emploi. N'importe où. Mais surtout ne pas se faire remarquer.
Ils passèrent la nuit du 20 au 21 novembre sur un parking du Montana. Vers trois heures du matin, ils furent réveillés par des coups sur la vitre et une lumière aveuglante. C'était un policier.
Hillel ordonna à Woody de se tenir tranquille. Il baissa sa vitre.
— Vous n'avez pas le droit de passer la nuit sur le parking.
— Désolé, Monsieur l'agent, répondit Hillel. On s'en va tout de suite.
— Restez dans le véhicule pour le moment. Je voudrais votre permis de conduire et une pièce d'identité de la personne qui vous accompagne.
Hillel vit la panique envahir les yeux de Woody. Il lui souffla d'obéir. Il remit les documents au policier, qui retourna à sa voiture procéder aux vérifications.
— Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Woody.
— Je vais démarrer et on se tire.
— Dans les cinq minutes, on aura toute la police de l'État derrière nous, on ne s'en sortira pas.
— Qu'est-ce que tu proposes alors ?
Woody, sans répondre, ouvrit sa portière et sortit.
Hillel entendit le policier crier : « Retournez dans votre voiture ! Retournez immédiatement dans votre véhicule ! » Woody dégaina soudain un revolver et ouvrit le feu. D'abord une fois, puis une deuxième. Les balles vinrent se loger dans le pare-brise. Le policier plongea derrière sa voiture pour se protéger et sortir son arme, mais Woody était déjà à sa hauteur et lui tira dessus. Une première balle l'atteignit au thorax.
Woody tira encore sur lui à quatre reprises. Puis il courut jusqu'à la voiture. Hillel était prostré. Les mains sur les oreilles. « Démarre ! cria Woody. Démarre ! » Hillel obéit et la voiture disparut dans un crissement de pneus.
Ils roulèrent un moment, sans croiser personne. Puis ils bifurquèrent sur un chemin forestier et ne s'arrêtèrent que lorsqu'ils furent certains d'être invisibles au milieu des arbres.
Hillel sortit de voiture.
— Tu es complètement fou ! hurla-t-il. Qu'est-ce que t'as fait, bon Dieu, qu'est-ce que t'as fait ?
— C'était lui ou nous, Hill' ! Lui ou nous !
— On a tué un homme, Woody. On a tué un homme !
— Ce ne sera que le deuxième pour moi, répondit Woody d'un ton presque cynique. Qu'est-ce que tu pensais, Hillel ! Qu'on allait prendre la clé des champs et que ce serait la belle vie ? Je suis un putain de fugitif.
— Je ne savais même pas que tu avais un flingue.
— Tu me l'aurais pris si je te l'avais dit.
— Exactement. Donne-le-moi, maintenant.
— Jamais. Imagine qu'on te pique avec…
— Donne-le-moi ! Je vais m'en débarrasser. Donne-le-moi, Woody, ou nos chemins se séparent ici !
Après une longue hésitation, Woody lui remit l'arme. Hillel disparut entre les arbres. Il y avait une rivière en contrebas et Woody entendit Hillel y jeter l'arme. Il revint à la voiture, blême.
— Qu'y a-t-il ? demanda Woody.
— Nos documents d'identité… ils sont avec le flic. Woody se prit le visage entre les mains. Dans le feu de L'action, il avait complètement oublié de les récupérer.
— Il faut qu'on laisse la voiture ici, dit Hillel. Le flic avait les papiers de la voiture avec lui. On doit partir à pied.
Ce furent les premières nouvelles.
Le Marshal vint cette fois trouver Oncle Saul à son cabinet.
— Un policier a été tué cette nuit par Woodrow Finn sur un parking du Montana lors d'un contrôle de routine. La caméra de bord a tout enregistré. Il était dans une voiture immatriculée à votre nom.
Il lui montra une image tirée de l'enregistrement vidéo.
— C'est la voiture qu'Hillel utilise, dit Oncle Saul.
— C'est la vôtre, rectifia le Marshal.