Elle pleurait. Je ne savais pas quoi faire. Je posai une main sur son genou et elle l'attrapa. Elle la serra fort.
Nous roulâmes en silence jusqu'à Coconut Grove. Je traversai les rues résidentielles et elle ne dit rien. Puis nous arrivâmes enfin devant la maison de mon oncle. Je me garai sur le bas-côté et je coupai le moteur.
— Où sommes-nous ? demanda Alexandra.
— C'est dans cette maison que s'est terminée l'histoire des Goldman-de-Baltimore.
— Qui habitait ici, Marcus ?
— Oncle Saul. Il a vécu ici les cinq dernières années de sa vie.
— Quand… quand est-il mort ?
— En novembre dernier. Cela va faire quatre mois.
— Je suis désolée, Marcus. Pourquoi ne m'as-tu rien dit l'autre jour ?
— Je n'avais pas envie d'en parler.
Nous sortîmes de voiture et nous nous assîmes devant la maison. Je me sentais bien.
— Que faisait ton oncle en Floride ? me demanda Alexandra.
— Il a fui Baltimore.
La nuit était tombée sur la rue calme. Nous étions dans une semi-obscurité propice à la confidence. La pénombre m'empêchait de voir ses yeux, mais je comprenais qu'Alexandra me regardait.
— Ça fait huit ans que tu me manques, Marcus.
— Toi aussi…
— Je voudrais juste être heureuse.
— Tu n'es pas heureuse avec Kevin ?
— Je voudrais être heureuse avec lui comme je l'ai été avec toi.
— Est-ce que toi et moi…
— Non, Marcus. Tu m'as fait trop de mal. Tu m'as abandonnée…
— Je suis parti parce que tu aurais dû me dire ce que tu savais, Alexandra… Elle s'essuya les yeux du revers de son bras.
— Arrête, Marcus. Arrête de te comporter comme si tout était ma faute. Mais qu'est-ce que ça aurait changé si je te l'avais dit ? Tu crois qu'ils seraient encore vivants ? Est-ce que tu comprendras un jour que tu n'aurais pas pu sauver tes cousins ?
Elle éclata en sanglots.
— Nous aurions dû finir notre vie ensemble, Marcus.
— Tu as Kevin maintenant. Elle sentit que je la blâmais.
— Qu'est-ce que tu aurais voulu que je fasse, Marcus ? Que je t'attende toute ma vie ? Je t'ai suffisamment attendu.
Je t'ai tellement attendu. Je t'ai attendu pendant des années.
Des années, tu m'entends. Je t'ai d'abord remplacé par un chien. Pourquoi penses-tu que j'ai pris Duke ? J'ai meublé ma solitude, en espérant que tu réapparaîtrais. Après ton départ, j'ai passé trois ans à espérer tous les jours te revoir. Je me disais que tu étais bouleversé, que tu avais besoin de temps…
— Moi aussi, je n'ai jamais cessé de penser à toi pendant toutes ces années, dis-je.
— Arrête tes salades, Markie ! Si tu avais tant envie de me revoir, tu l'aurais fait. Tu as préféré te taper cette actrice de seconde zone.
— C'était trois ans après notre séparation ! m'écriai-je. Et puis ça n'a pas compté.
Ma relation avec Lydia Gloor avait débuté sur un malentendu. Cela s'était passé à l'automne 2007, à New York. À ce moment-là, les droits de mon premier roman,
Cette histoire se serait arrêtée là si le hasard de la vie n'avait pas voulu que, le lendemain, je tombe sur elle dans le café en bas de chez moi, où je me rends tous les jours. J'étais assis à une table, à lire le journal et à boire mon café tranquillement. Je ne la vis que lorsqu'elle s'approcha de moi.
— Salut, Marcus, me dit-elle.
Nous ne nous étions jamais rencontrés et je fus étonné qu'elle connaisse mon prénom.
— Salut, Lydia. Enchanté.
Elle désigna la chaise vide devant elle.
— Je peux m'asseoir ? demanda-t-elle.
— Bien sûr.
Elle s'assit. Elle semblait gênée. Elle se mit à jouer avec son gobelet de café.
— Il paraît que tu étais à la pièce hier soir…
— Oui, c'était magnifique.
— Marcus, je voulais… Je voulais te remercier.
— Me remercier ? De quoi ?
— D'avoir accepté que je joue dans le film. Je trouve chouette que t'aies accepté. J'ai… j'ai adoré le livre, je n'ai jamais eu l'occasion de te le dire.
— Attends, attends : de quel film parles-tu ?
— Ben, de
Et voilà qu'elle m'apprit alors qu'elle allait tenir le rôle d'Alicia (en fait Alexandra). Je n'y comprenais rien. Le casting avait été fait, j'avais approuvé chacun des acteurs. Elle n'était pas Alicia. C'était impossible.