Alexandra se jeta dans ses bras et éclata en sanglots. Elle était incapable d'articuler le moindre mot. Samantha l'installa au salon et alla à la cuisine lui préparer un thé. Elle vit les tabloïds étalés sur la table. Elle en attrapa un au hasard et lut le titre.
Alexandra la rejoignit dans la cuisine, suivie par Duke.
— Il est avec elle. Il sort avec Lydia Gloor, murmura Alexandra.
— Oh, ma chérie… Je suis désolée. Pourquoi tu ne m'as rien dit ?
— J'avais envie d'être seule.
— Oh, Alex… Tu ne dois plus être seule. Je ne sais pas ce qui s'est passé avec ce Marcus, mais il faut que tu laisses tomber. Tu as tout pour toi ! Tu es belle, intelligente, tu as le monde à tes pieds.
Alexandra haussa les épaules.
— Je ne sais même plus comment on drague.
— Oh, arrête, s'il te plaît !
— C'est la vérité ! protesta Alexandra.
Samantha était mariée à l'un des joueurs phares de l'équipe de hockey des Prédateurs de Nashville.
— Écoute, Alex, dit-elle. Il y a ce joueur, Kevin Legendre… Il est très sympa et il est dingue de toi. Ça fait des mois qu'il me bassine pour que j'organise une rencontre. Viens dîner chez nous vendredi. Je l'inviterai aussi. Qu'est-ce que ça coûte, hein ?
— Je suis allée à ce dîner, me dit Alexandra. Il fallait que je t'oublie. C'est ce que j'ai fait.
— À ce moment-là, je n'étais pas avec Lydia ! m'écriai-je. Moi aussi, je t'attendais, Alexandra ! Au moment de la parution de ces photos, il ne s'était absolument rien passé entre nous.
— Pourtant, vous avez eu une relation tous les deux, non ?
— C'était après !
— Après quoi ?
— Après avoir vu les photos de Kevin et toi dans les tabloïds ! J'en ai été dévasté. Je me suis consolé avec Lydia. Ça n'a pas duré très longtemps. Parce que je n'ai jamais pu t'oublier, Alexandra.
Elle eut un regard triste. Je vis une larme perler au coin de son œil et descendre le long de sa joue.
— Qu'est-ce que nous nous sommes fait, Marcus ?
Tous les jours depuis mon arrivée, je passais au supermarché pour déjeuner avec Oncle Saul. Nous allions nous asseoir sur l'un des bancs dehors, devant le supermarché, et nous y déjeunions d'un sandwich ou d'une salade poulet-mayonnaise, accompagnée d'un Dr Pepper.
Il était fréquent que Faith Connors, la gérante du Whole Foods, sorte pour me saluer. C'était une femme adorable. Elle avait la cinquantaine, était célibataire et, de ce que je voyais, mon oncle Saul lui plaisait bien. Il lui arrivait de s'asseoir avec nous pour fumer une cigarette. Parfois, en l'honneur de ma présence en Floride, elle octroyait à mon oncle une journée de congé pour que nous puissions profiter l'un de l'autre. C'est ce qu'elle fit ce jour-là.
— Filez tous les deux, nous dit-elle en arrivant devant le banc.
— T'es sûre ? demanda Oncle Saul.
— Certaine.
Nous ne nous fîmes pas prier. J'embrassai Faith sur les deux joues et elle rit en nous regardant nous éloigner.
Nous marchâmes à travers le parking pour retourner à nos voitures. Oncle Saul arriva à la sienne, garée tout près. Sa vieille Honda Civic pourrie rachetée au rabais.
— Je suis garé là-bas, dis-je.
— Nous pouvons aller nous promener, si tu veux.
— Avec plaisir. Qu'est-ce que tu as envie de faire ?
— Que dirais-tu d'aller à Bal Harbor ? Ça me rappellera quand on se promenait avec ta tante.
— Ça me va bien. On se retrouve à la maison. Comme ça je peux laisser ma voiture.
Avant de monter dans sa vieille Honda Civic, il tapota la carrosserie en souriant.
— Tu te souviens, Markie ? Ta mère avait la même.
Il démarra et je le regardai s'éloigner avant de retourner à ma Range Rover noire qui valait — j'avais compté — cinq ans de son salaire annuel.
À l'époque de leur gloire, les Goldman-de-Baltimore aimaient aller à Bal Harbor, une banlieue chic du nord de Miami. Il y avait là-bas un centre commercial à ciel ouvert composé uniquement de boutiques de luxe. Mes parents avaient cet endroit en horreur, mais ils me laissaient y aller avec mon oncle, ma tante et mes cousins. En m'installant sur la banquette arrière de leur voiture, je retrouvais ces sensations d'insolent bonheur que je ressentais lorsque j'étais seul avec eux. Je me sentais bien, je me sentais Baltimore.
— Tu te rappelles quand nous venions ici ? me demanda Oncle Saul alors que nous arrivions dans le parking du centre commercial.
— Bien sûr.
Je garai ma voiture et nous déambulâmes le long des bassins du rez-de-chaussée, dans lesquels nageaient des tortues aquatiques et d'énormes carpes chinoises qui, jadis, nous passionnaient, Hillel, Woody et moi.