C'est ainsi que Scott rejoignit officiellement l'équipe non officielle des Chats Sauvages. Il s'échauffait comme il pouvait, et participait à quelques exercices. Mais il était vite à bout de souffle. Il rêvait de jouer au poste d'ailier : recevoir un ballon aux 50 yards, effectuer un sprint spectaculaire, passer toute la défense adverse et marquer un
Je n'eus jamais la chance de voir de mes propres yeux une « brouette ». Mais le spectacle devait avoir quelque chose de saisissant, parce que, bientôt, les élèves de Buckerey se pressèrent pour assister aux entraînements, d'ordinaire uniquement suivis par quelques groupies. Hillel ordonnait à ses joueurs d'exécuter des actions de match et soudain, à son signal, déboulant de nulle part, l'un des joueurs les plus robustes — souvent Woody — traversait le terrain en poussant Scott, royalement installé dans sa brouette. Le quarterback lui envoyait le ballon depuis le fond du terrain : il fallait une agilité et une force exceptionnelles de la part du pousseur pour parvenir à ce que Scott reçoive le ballon, puis il fallait continuer jusqu'à la ligne de but en zigzaguant, évitant les stoppeurs qui ne se gênaient pas pour intercepter violemment Woody, la brouette et Scott. Mais lorsque la brouette arrivait à la ligne de but et que Scott, se jetant au sol, marquait, le public poussait des hurlements de joie. Et tous criaient : « La brouette ! La brouette ! » Et Scott se relevant, d'abord félicité par ses coéquipiers, allait saluer et célébrer son but avec la cohorte de ses fans, toujours grandissante. Puis il allait boire, reprendre son souffle et se laver les mains.
Ces quelques mois d'entraînement furent les plus heureux de la scolarité du Gang des Goldman reformé. Woody, Hillel et Scott étaient les vedettes de l'équipe de football et les gloires du lycée. Jusqu'à ce jour de printemps, peu après Pâques, où Gillian Neville, qui attendait son fils sur le parking du lycée, fut alertée par les cris de joie de la foule. Scott venait de réaliser un
— Scott, au nom du Ciel ! Scott, qu'est-ce que tu fais là ? Woody s'arrêta net. Les joueurs se figèrent, les spectateurs se turent. Il y eut un silence de mort.
— Maman ? fit Scott en enlevant son casque.
— Scott ? Mais tu m'as dit que tu étais au cours d'échecs. Scott baissa la tête et descendit de sa brouette.
— Je t'ai menti, Maman. Je suis désolé…
Elle se précipita vers son fils et l'enlaça en étranglant un sanglot.
— Ne me fais pas ça, Scott. Ne me fais pas ça, s'il te plaît. Tu sais que j'ai peur pour toi.
— Je sais, je ne veux pas que tu t'inquiètes. On ne faisait vraiment rien de mal.
Gillian Neville releva la tête et vit Hillel, un bloc-notes à la main et un sifflet autour du cou.
— Hillel, cria-t-elle en se dirigeant vers lui, tu m'avais promis !
Elle perdit son sang-froid et, se précipitant, sur lui, lui décocha une gifle retentissante.
— Est-ce que tu comprends que tu vas tuer Scott avec tes imbécillités ?
Hillel resta sous le choc du coup reçu.
— Où est l'entraîneur ? hurla Gillian. Où est le coach Bendham ? Est-il au moins au courant de ce que vous faites ?
Ce furent les prémices d'un scandale. Burdon fut prévenu, l'administration scolaire du Maryland saisie. Burdon réunit dans son bureau le coach, Scott et ses parents, Hillel, Oncle Saul et Tante Anita.
— Saviez-vous que vos joueurs organisaient des entraînements ? demanda le principal Burdon au coach.
— Oui, répondit Bendham.
— Et vous n'avez pas jugé bon d'y mettre un terme ?
— Pourquoi l'aurais-je fait ? Mes joueurs progressent. Vous connaissez le règlement, principal : les entraîneurs ne doivent pas avoir de contact avec les joueurs en dehors de la saison. Avoir Hillel qui organise des entraînements de groupe, c'est du pain bénit et parfaitement réglementaire.
Burdon soupira et se tourna vers Hillel :
— On ne t'a jamais dit qu'on ne doit pas mettre les petits enfants malades dans des brouettes ? C'est humiliant !