— Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'ils n'étaient pas des champions de la modération. Le monde entier leur paraissait enfin se réveiller d'un très long sommeil. Il y eut une extraor dinaire prise de conscience de leur époque qui les conduisit à appeler « Moyen Age » tous les siècles intermédiaires entre l'Antiquité et eux et on assista dans tous les domaines à un épanouissement exceptionnel : l'art, l'architecture, la littéra ture, la musique, la philosophie et la science. Prenons un exemple : Nous avons parlé de la Rome antique qu'on avait surnommée « la Ville des villes » et « le Nombril du monde ». Au cours du Moyen Age, Rome tomba dans l'oubli et, en 1417, la ville qui avait compté jusqu'à un million d'habitants n'en abritait plus que dix-sept mille.

— C'est à peu près la population de Lillesand.

— Les humanistes de la Renaissance se donnèrent pour tâche de relever Rome. On entreprit de construire une vaste basilique sur la tombe de l'apôtre Pierre. Concernant la basi lique Saint-Pierre, il est clair qu'on ne saurait parler de mesure et de retenue. Divers grands personnages de la Renaissance furent invités à participer à ce qui était, à l'époque, le plus grand projet d'architecture du monde. Le chantier commença en 1506 et s'étendit sur cent vingt années, et il fallut encore attendre cinquante ans avant que la place Saint-Pierre fut tout à fait terminée.

— Ça a dû devenir une église gigantesque !

— Elle mesure deux cents mètres de long, cent trente mètres de haut et a une superficie de seize mille mètres car rés. Cela en dit assez long sur l'audace des hommes de la Renaissance. Cette époque apporta aussi une nouvelle conception de la nature. Que les nommes se sentent heureux de vivre et ne considèrent plus seulement leur séjour sur terre comme une préparation à la vie dans le ciel modifia totale ment leurs rapports avec le monde physique. La nature devint quelque chose de positif et Dieu existait au sein de la Créa tion. Puisqu'il était infini, il devait pouvoir être partout. On a appelé cette conception le panthéisme. On qualifiait la nature de divine, c'est-à-dire quelle était le « déploiement de Dieu ». On devine que l'Eglise regarda d'un mauvais œil toutes ces nouvelles idées. Ce qui arriva à Giordano Bruno l'illustre de manière dramatique : il prétendit non seulement que Dieu était la totalité du réel mais que l'univers était infini. Ces deux affirmations lui valurent une peine très sévère.

— Comment ça?

— Il fut brûlé sur la place du marché aux fleurs de Rome en 1600.

— Mais c'est horrible... et surtout complètement idiot! C'est ça que tu appelles l'humanisme?

— Non, pas ça. Bruno était l'humaniste, pas ses bourreaux. Il y eut aussi sous la Renaissance un mouvement « anti- Renaissance ». J'entends par là l'autorité toute-puissante de l'Eglise et de l'Etat. Ainsi on jugea des hérétiques et on brûla des sorcières car la magie et la superstition étaient floris santes. Il y eut les guerres de Religion, sans oublier la vio lente conquête de l'Amérique. L'humanisme a toujours connu un arrière-plan plus sombre. Aucune époque n'a été toute bonne ou toute mauvaise. Le bien et le mal sont deux fils qui traversent toute l'histoire de l'humanité et bien souvent ils sont tissés ensemble. Cela est également vrai pour le prochain mot clé que l'on doit à la Renaissance, à savoir l'apparition d'une nouvelle méthode scientifique.

— Est-ce à cette époque que l'on a construit les premières usines ?

— Pas vraiment tout de suite. La Renaissance introduisit un nouveau rapport à la science permettant de grandes inno vations techniques.

— En quoi consistait cette nouvelle méthode ?

— Il s'agissait tout d'abord d'observer la nature avec nos propres sens. Dès 1300, plusieurs personnes exprimaient leur réserve quant à une confiance aveugle dans les anciennes autorités qu'étaient les dogmes de l'Eglise et la philosophie de la nature d'Aristote. C'était un leurre de croire qu'il suffi sait de réfléchir pour résoudre un problème quel qu'il soit, alors que le Moyen Age avait toujours clamé haut et fort la toute-puissance de la raison. On décréta dorénavant que chaque observation de la nature devait être soumise à la per ception de nos sens, à notre expérience et à nos expérimenta tions. C'est ce qu'on appelle la méthode empirique.

— Ce qui signifie ?

— Que l'on construit son savoir sur les choses à partir de sa propre expérience et non à partir de vieux parchemins poussiéreux ou de chimères. Dans l'Antiquité aussi, l'empi risme a existé. Aristote, encore lui, fit de nombreuses et passionnantes observations de la nature. Mais des expérimen tations systématiques, ça c'était radicalement nouveau.

— Ils ne disposaient bien sûr pas de tous les appareils d'aujourd'hui?

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