Hilde prit le gros paquet sur la table de nuit. Qu'il était

lourd ! Elle trouva une carte : « Pour tes quinze ans, Hilde, de la part de Papa. »

Elle s'assit sur le lit et défit délicatement le ruban de soie rouge avant de déplier le papier.

C'était un grand classeur !

Alors c'était ça, son cadeau! C'était ça dont il avait fait tout un plat ! Ce fameux cadeau qui ne « cesserait de gran dir » et qu'elle allait pouvoir partager avec d'autres?

Un bref coup d'œil lui permit de se rendre compte que le classeur était rempli de feuilles dactylographiées. Elle recon nut les caractères de la machine à écrire que son père avait emportée avec lui au Liban.

Il ne lui avait quand même pas écrit tout un livre ! ! !

Sur la première page était écrit à la main :

LE MONDE DE SOPHIE

Un peu plus bas, mais à la machine cette fois :

Ce que le soleil est à la terre noire, la vraie clarté de l'esprit l'est aux hôtes de la terre.

N. F. S. Grundtvig

Hilde tourna la page. En haut de la page suivante commen çait le premier chapitre intitulé « Lejardin d'Eden ». Elle s'installa confortablement dans son lit, appuya le classeur contre ses genoux et se mit à lire :

Sophie Amundsen rentrait de l'école. Elle avait d'abord fait un bout de chemin avec Jorunn. Elles avaient parlé des robots. Pour Jorunn, le cerveau humain était un ordinateur sophisti qué. Sophie sentait qu'elle n'était pas tout à fait de son avis. On ne pouvait pas réduire l'être humain à une machine, non?

Hilde continua à lire et bientôt oublia tout le reste, même son anniversaire. De temps en temps, une pensée venait inter rompre le fil de la lecture : Est-ce que son père avait écrit un roman? S'était-il enfin attelé à son grand roman et l'avait-il

terminé au Liban? Il s'était si souvent plaint des longues heures d'inaction là-bas.

Sophie aussi voyageait à travers l'histoire du monde. Ce devait être elle, celle que son père voulait lui faire rencontrer...

Lorsqu'elle acceptait l'idée que sa vie puisse prendre fin un jour, elle ressentait alors comme jamais auparavant quelle chance extraordinaire elle avait d'être en vie... D' vient le monde?... A un moment donné il a bien fallu que quelque chose surgisse du néant. Mais était-ce concevable? N'était-ce pas tout aussi impossible à imaginer que l'idée d'un monde qui aurait toujours existé?

Hilde tournait les pages les unes après les autres et sursauta quand elle arriva au passage où Sophie reçoit une carte pos tale du Liban adressée à

« Hilde MOller Knag c/o Sophie Amundsen 3, allée des Trèfles...»

Chère Hilde,

Je te souhaite plein de bonnes choses pour tes quinze ans. Comme tu sais, je tiens à te faire un cadeau qui te permette de grandir. Pardonne-moi si j'envoie la carte à Sophie. C 'étaitplus commode comme ça.

Je t'embrasse,

ton Papa.

Le petit malin ! Hilde avait toujours su que son père avait plus d'un tour dans son sac, mais aujourd'hui il l'avait littéra lement surprise au saut du lit et comment ! Au lieu de glisser la carte dans le paquet, il l'avait fait entrer dans la composi tion de son roman.

Mais cette pauvre Sophie ! Il y avait de quoi être débous solé!

Dans quel but un papa envoyait-il une carte d'anniversaire à l'adresse de Sophie alors qu'elle était visiblement destinée à quelqu'un d'autre? Quel papa aurait la mauvaise idée de priver

sa fille d'une carte d'anniversaire en l'envoyant à une autre adresse? Pourquoi était-ce « plus commode comme ça »? Et surtout, comment retrouver cette Hilde?

Non, comment allait-elle faire ?

Hilde tourna la page et commença à lire le chapitre suivant. Il était intitulé : « Le chapeau haut de forme ». Elle en arriva au passage où l'inconnu écrit une longue lettre à Sophie. Hilde retint sa respiration.

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