— Tout d'abord, il y a un certain nombre de choses à savoir sur le siècle des Lumières en France avant de pouvoir brosser à grands traits la philosophie de Kant et aborder ensuite le romantisme. Hegel marquera, nous le verrons, une étape déci sive. Ce qui nous amènera bien évidemment à parler de la cri tique indignée de Kierkegaard vis-à-vis de la philosophie hégé lienne. Nous devrons également dire quelques mots de Marx, Darwin et Freud. Si nous arrivons à conclure avec Sartre et l'existentialisme, notre plan peut réussir.
— C'est plutôt ambitieux comme programme pour une semaine !
— Commençons sans plus tarder. Tu peux venir tout de suite?
— Je dois d'abord passer à l'école. Il y a une petite fête et on doit nous distribuer nos bulletins.
— Laisse tomber ! Si nous ne sommes que pure conscience, le goût de la limonade et des gâteaux n'est que le finit de notre imagination.
— Mais mon bulletin ?
— Écoute, Sophie ! Soit tu vis dans un univers merveilleux sur un minuscule point du globe qui n'est qu'une galaxie parmi des centaines de milliards d'autres galaxies, soit tu déclenches des impulsions électromagnétiques dans la conscience d'un major. Et voilà que tu viens me parler de « bulletin » ! J'aurais honte à ta place !
— Excuse-moi.
— Bon, va faire un tour à l'école avant. Cela pourrait avoir une mauvaise influence sur Hilde si tu séchais le dernier jour de classe. Elle est plutôt du genre à aller à l'école même le jour de son anniversaire, car c'est un ange.
— Alors je passe tout de suite après.
— On peut se donner rendez-vous au chalet du major.
— Au chalet du major?
... clic!
Hilde laissa retomber le classeur sur ses genoux. Voilà que son père avait réussi à lui donner mauvaise conscience parce qu'elle avait séché le dernier jour. Ah ! le petit malin !
Elle se demanda en quoi pouvait consister le plan d'Alberto. Et si elle regardait à la dernière page ? Non, ce n'était pas bien, il valait mieux se dépêcher d'avancer dans l'histoire.
Il était un point sur lequel elle était sûre qu'Alberto avait raison. Son père contrôlait bien sûr ce qui arrivait à Sophie et Alberto, mais il ne pouvait néanmoins pas savoir tout ce qui allait se passer. Peut-être laissait-il sa plume courir sur le papier et ne se rendait compte que plus tard de ce qu'il avait écrit. C'était précisément dans ce laps de temps que résidait la liberté toute relative de Sophie et Alberto.
Hilde eut de nouveau la vive impression que Sophie et Alberto existaient vraiment. Sous la surface d'un océan par faitement calme peuvent se produire toutes sortes de phéno mènes en profondeur, se dit-elle.
Tiens, pourquoi cette image lui était-elle venue à l'esprit?
Ce n'était certainement pas une pensée à la surface de l'eau.
À l'école, on félicita Sophie pour son anniversaire et elle eut droit à la petite chanson habituelle. L'ambiance était particu lièrement gaie du fait qu'on venait de remettre les bulletins et de commencer la fête.
Après les recommandations d'usage, on lâcha les élèves dans la nature et Sophie rentra comme une flèche à la maison. Jorunn eut beau essayer de la retenir, elle cria qu'elle avait quelque chose d'urgent à faire.
Elle trouva deux cartes du Liban dans la boîte aux lettres qui toutes les deux disaient : « HAPPY BIKIHDAY — 15 YEARS ». C'étaient de banales cartes d'anniversaire.