D aurait pu éviter de se donner ce mal, soupira Alberto. Bon, la première notion clé, c'est celle de révolte contre l'auto rité. De nombreux philosophes français s'étaient rendus en Angleterre qui à cette époque jouissait, sur bien des plans, d'une plus grande liberté que leur propre pays. Ils lurent fasci nés par la science expérimentale anglaise, tout spécialement par Newton et sa physique universelle, mais aussi par la philosophie britannique et Locke avec sa conception de la politique. En ren trant chez eux, ils se rebellèrent à leur tour contre les anciennes autorités. Il était essentiel d'avoir une attitude critique vis-à-vis de la tradition philosophique. L'idée était que l'individu seul doit être à même de répondre aux questions qu'il se pose. L'exemple de Descartes, on le voit, a fait des émules.

Il avait tout repris à la base, lui.

Justement Cette révolte contre l'autorité sous toutes ses formes s'adressait aussi bien au pouvoir de l'Église, du roi ou de la noblesse. Il faut dire qu'au xvIIF siècle ces institutions étaient beaucoup plus puissantes en France qu'en Angleterre.

Alors ce fut la Révolution.

En 1789, oui. Mais les nouvelles idées circulaient bien avant. Parlons à présent du rationalisme.

Je croyais que la mort de Hume avait marqué la fin du rationalisme.

Hume ne mourut qu'en 1776, c'est-à-dire environ vingt ans après Montesquieu et seulement deux ans avant Voltaire et Rousseau qui moururent tous deux en 1778. Tous les trois avaient été en Angleterre et connaissaient bien la pensée de Locke, qui, tu t'en souviens, n'avait rien d'un empiriste pur et dur. Selon lui, Dieu et certaines normes morales étaient innés dans la raison de l'homme. On retrouve cela en France au cœur de la philosophie des Lumières.

Tu as dit à un moment que les Français ont toujours été plus rationalistes que les Britanniques.

Cela remonte au Moyen Âge. Quand les Anglais parlent de common sense, les Français préfèrent dire « évidence ». On pourrait traduire l'expression anglaise par « bon sens » et le terme français par « ce qui s'impose clairement à l'esprit », c'est-à-dire la raison.

Je comprends.

Les philosophes du siècle des Lumières se situaient dans la tradition des humanistes antiques, tels Socrate et les stoï ciens, puisqu'ils avaient une foi inébranlable en la raison de l'homme. Aussi certains se contentèrent d'appeler le siècle des Lumières le siècle du « rationalisme ». La nouvelle science expérimentale avait établi que la nature suivait des règles bien précises. Les philosophes s'assignèrent comme tâche de jeter les bases rationnelles de la morale et de la religion. Cela nous mène à la pensée proprement dite du siècle des Lumières.

C'était ton troisième point, non?

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