A cet instant, Sophie aperçut une enveloppe posée sur le rebord de la cheminée. Elle portait la mention : Pour Hilde et Sophie. Inutile de demander de la part de qui, mais que son nom à elle y soit aussi était pour le moins surprenant.

Elle ouvrit l'enveloppe et lut à haute voix :

Mes chères petites,

Le professeur de philosophie de Sophie aurait insister sur le fait que les Nations unies reposent sur les idéaux et les principes des philosophes français du siècle des Lumières. C 'est ce slogan de «Liberté, égalité, fraternité» qui a soudé ensemble tout le peuple français. Il faudrait que ces mêmes mots unissent aujourd 'huile monde entier. Toute la terre devrait plus que jamais ne former qu 'une seule grande famille. Nos descendants sont nos propres enfants et petits-enfants. De quel monde vont-ils hériter ?

La mère de Hilde lui cria que Derrick commençait dans dix minutes et qu'elle avait mis la pizza au four. Hilde se sentait complètement épuisée après tout ce qu'elle avait lu. Elle était réveillée depuis six heures ce matin.

Elle prit la décision de passer le reste de la journée avec sa mère et de la laisser fêter son anniversaire comme elle l'entendait. Mais elle avait une dernière chose à vérifier dans son encyclopédie.

Gouges... Non. De Gouges ?Rien non plus. Et Olympe de Gouges! Toujours rien! Son encyclopédie ne disait pas un traître mot de celle qui fut guillotinée à cause de son engage ment politique pour la lutte des femmes. N'était-ce pas vrai ment scandaleux ?

Elle n'était pourtant pas un personnage inventé par son père.

Hilde se précipita au rez-de-chaussée pour chercher le Grand Larousse.

— Je veux juste vérifier quelque chose, lança-t-elle à sa mère interloquée.

Elle emporta le volume qui allait de F à G et remonta dans sa chambre.

Gouges... Ah ! enfin !

« Gouges, Marie Olympe (1748-1793), écrivain français qui joua un grand rôle sous la Révolution en publiant notam ment de nombreux pamphlets sur les questions sociales et des

pièces de théâtre. Elle fut une des rares femmes à revendiquer l'égalité des droits entre les hommes et les femmes et publia en 1791 une Déclaration des droits des femmes. Fut guilloti née en 1793 pour avoir osé défendre Louis XVI et critiquer Robespierre (L. Lacour, les Origines du féminisme contem porain, 1900). »

Kant

...le ciel étoile au-dessus de ma tête et la loi

morale en moi...

Vers minuit seulement le major Albert Knag appela chez lui pour souhaiter un bon anniversaire à sa fille Hilde. C'est la mère de Hilde qui décrocha.

— C'est pour toi, Hilde !

— Allô?

— C'est Papa.

— Ça ne va pas non, il est presque minuit !

— Je voulais juste te souhaiter un joyeux anniversaire...

— Mais tu n'as fait que ça toute la journée ! —...je voulais attendre la fin de la journée.

— Pourquoi ça ?

— Tu n'as pas reçu mon cadeau?

— Ah si ! Merci beaucoup.

— Ne me fais pas marcher. Ça te plaît?

— C'est vraiment génial. Je n'ai presque rien pu avaler de la journée, tellement c'est passionnant.

— Mais il faut que tu manges !

— J'ai trop envie de savoir la suite.

— Tu en es où? Allez, dis-le-moi, Hilde î

— Eh bien, ils sont entrés dans le chalet parce que tu as commencé à les taquiner avec un serpent de mer...

— Ah ! le siècle des Lumières.

— Et Olympe de Gouges.

— Alors je ne me suis pas tant trompé que cela.

— Comment ça « trompé » ?

— Il reste, si je ne me trompe, encore une fois où je te

souhaite un bon anniversaire. Mais ce sera en musique, cette fois.

— Je continuerai un peu au lit ce soir.

— Tu y comprends quelque chose ?

— J'ai plus appris en un seul jour que pendant toute ma vie. Quand je pense que ça fait à peine vingt-quatre heures que Sophie a trouvé la première enveloppe en rentrant de l'école !

— Il suffit parfois de pas grand-chose.

— Maisj'ai un peu pitié d'elle.

— De Maman ?

— Mais non, de Sophie, voyons !

— Oh!...

— Elle ne sait plus où elle en est, la pauvre.

— Mais ce n'est qu'un... je veux dire...

—... qu'un personnage inventé de toutes pièces, c'est ça?

— Oui, à peu près.

— Moi, je crois que Sophie et Alberto existent vraiment quelque part.

— On en reparlera quand je rentrerai.

— D'accord.

— Passe une bonne journée, Hilde.

— Qu'est-ce que tu viens de dire?

— Euh, bonne nuit, je voulais dire.

— Bonne nuit.

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