— Le romantisme fut tout d'abord un phénomène urbain. Cela correspond à l'épanouissement de la culture dans la plu part des grandes villes d'Europe dans la première moitié du xixe, et tout particulièrement en Allemagne. Le romantique type était un jeune homme, souvent étudiant, même s'il ne brillait pas dans ses études, avec une conception de vie très antibourgeoise, allant jusqu'à qualifier les autres, que ce soit la police ou sa logeuse, de « sales petits-bourgeois », voire d'« ennemis ».
— Ce n'est pas moi qui aurais osé héberger un étudiant romantique dans ces conditions !
— La première génération de romantiques eut vingt ans vers 1800 et on peut dire que le mouvement romantique fit la pre mière révolte des jeunes en Europe. On trouve en effet beau coup de traits communs entre eux et les hippies cent soixante ans plus tard.
— Les fleurs, les cheveux longs, les rififs à la guitare et l'éloge de la paresse ?
— Oui, l'oisiveté passait pour l'idéal du génie et la paresse pour la vertu du romantisme. Les romantiques considéraient comme leur devoir de faire toutes sortes d expériences mais aussi de s'échapper du monde par le rêve. La routine, c'était bien assez bon pour les petits-bourgeois.
— Y a-t-il eu des romantiques en Norvège aussi ?
— Oui,
est typiquement celle d'un romantique : il était constamment amoureux, mais sa « Stella », pour qui il composa tous ses poèmes d'amour, resta toujours — trait caractéristique du romantisme — une figure aussi lointaine et inaccessible que la « fleur bleue » de Novalis. Ce dernier se fiança à une jeune fille qui n'avait que quatorze ans. Elle mourut quatre jours après son quinzième anniversaire, mais Novalis lui resta fidèle toute sa vie.
— Tu dis qu'elle mourut quatre jours après avoir eu quinze ans?
— Oui...
— Moi aussij'ai quinze ans et quatre jours aujourd'hui.
— C'est vrai...
— Elle s'appelait comment?
— Elle s'appelait Sophie.
— Quoi?
—Eh bien, oui...
— Tu me fais peur! Ce serait quand même une drôle de coïn cidence.
— Je ne sais pas, Sophie. Le fait est qu'elle s'appelait Sophie.
— Continue !
— Novalis ne vécut que jusqu'à vingt-neuf ans. Il fut un de ces «jeunes morts » dont peut s'enorgueillir le romantisme. La plupart à cause de la tuberculose, mais certains parce qu'ils se suicidèrent...
— Oh ! mon Dieu !
— Ceux qui vieillirent cessèrent d'être romantiques quand ils atteignirent la trentaine. Ils devinrent de bons bourgeois bien conservateurs.
— Bref, ils passèrent dans le camp ennemi.
— Oui, si tu veux. Mais revenons à la conception romantique de l'amour. Ce schéma de l'amour impossible, nous le trouvons déjà chez
— Est-ce que ce n'était pas un peu exagéré?