Oui, il y a beaucoup de traits communs entre la Renais sance et le romantisme, entre autres la place privilégiée accordée à Fart comme moyen de connaissance. Kant n'y est pas étran ger, puisque dans son Esthétique il s'était interrogé sur l'origine de notre ravissement face à quelque chose de très beau comme par exemple une œuvre d'art. Selon lui, en nous abandonnant à la contemplation esthétique sans rechercher autre chose qu'une expérience d'ordre artistique, nous nous approchons d'une forme d'expérience de la « chose en soi », car nous débordons du strict cadre de notre raison.

L'artiste peut donc faire passer quelque chose que les phi losophes sont incapables d'exprimer?

Telle était du moins la conception des romantiques. L'artiste exerce librement, pour Kant, sa faculté de connais sance et joue avec elle. Le poète allemand Schiller développa les idées de Kant en disant que l'activité artistique est comme un jeu l'homme est libre puisqu'il invente ses propres règles. Les romantiques pensaient que seul l'art nous permettait de cerner lindicible ». D'autres allèrent jusqu'à comparer l'artiste avec Dieu.

Ce n'est pas si surprenant puisque l'artiste crée sa propre réalité exactement de la même fàçon que Dieu a créé le monde.

L'artiste a une imagination créatrice. Porté par son élan créateur, il abolit la différence entre le rêve et la réalité. Novalis, qui était un de ces génies romantiques, déclara que « le monde devient rêve, le rêve devient monde ». Il écrivit un roman inti tulé Heinrich von Ofterdingen, qui resta inachevé à la mort de l'auteur en 1801, mais qui eut cependant un énorme retentisse ment. D y est question du jeune Heinrich qui part à la quête de la « fleur bleue » qu'il a aperçue un jour en rêve et n'aspire qu'à retrouver. Le poète romantique anglais Coleridgeexprima la même idée par ces termes :

Whatifyou slept ?And whatif, inyour sleep, you dreamed ? And whatif, inyour dream, you went to heaven and therepiucked a strange andoeautifuiflower ?And whatif, whenyou awoke, you had the flowerinyourhand?Ah, whatthen ?

(Et si vous dormiez ? Et si dans votre sommeil vous rêviez ? Et si, dans votre rêve, vous alliez au ciel cueillir une fleur aussi belle qu'étrange? Et si, à votre réveil, vous teniez la fleur à la main? Ah ! que diriez-vous?)

C'est joliment dit.

Cette nostalgie, cette quête de quelque chose d'éloigné et d'insaisissable était caractéristique de la mentalité romantique. On regrettait les époques révolues comme le Moyen Âge par exemple, qui profita alors de l'image négative du siècle des Lumières. Les romantiques voulaient aussi retrouver la trace de cultures plus lointaines, comme la culture et la mystique orientales. Ils se sentaient attirés par la nuit, les lueurs crépus culaires, les ruines et le surnaturel, en un mot par tous les aspects nocturnes, c'est-à-dire étranges et mystiques, de l'exis tence.

Ça paraît plutôt attirant comme époque. Mais qui étaient ces romantiques dont tu parles?

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