Tout d'abord, l'Esprit du monde prend conscience de lui dans l'individu. C'est ce que Hegel appelle la raison subjective. Un degré supérieur est celui de la famille et de l'État, ce que Hegel appelle la raison objective parce que c'est une raison qui se révèle au contact des hommes entre eux. Mais il existe encore un dernier degré...

Je suis curieuse de savoir ce que c'est

La plus haute forme de connaissance de soi, l'Esprit du monde l'atteint dans la Conscience absolue. La Conscience absolue, c'est l'art, la religion et la philosophie. Et, de ces trois domaines, la philosophie est la forme la plus élevée de la raison, puisque dans la philosophie l'Esprit du monde réfléchit à sa propre activité au cours de l'histoire. Ce n'est donc que dans la philosophie que l'Esprit du monde se réalise, atteint la parfaite égalité avec lui-même. Tu peux aller jusqu'à avancer que la phi losophie est le « miroir » de l'Esprit du monde.

C'était tellement étrange, tout ce que tu viens de me dire, qu'il va me falloir un peu de temps pour digérer. Mais j ' ai bien aimé la dernière image que tu as employée.

Quand j'ai dit que la philosophie était le miroir de l'Esprit du monde?

Oui, c'était une belle image. Tu crois que ça a un rapport avec le vieux miroir en laiton?

Oui, puisque tu me poses la question.

Qu'est-ce que tu veux dire?

Je pense que ce miroir a une signification particulière étant donné qu'il croise constamment notre chemin.

Alors tu as peut-être une idée de ce qu'il signifie?

Non, non. Je dis simplement que le miroir ne reviendrait

pas sans arrêt s'il n'avait pas une signification particulière pour Hilde et son père. Mais laquelle, ça, seule Hilde peut le savoir.

C'était de l'ironie romantique?

C'est une question sans réponse, Sophie.

Pourquoi?

Ce n'est pas nous qui menons le jeu. Nous ne sommes que les victimes sans défense de ce genre d'ironie. Si un enfant attardé gribouille quelque chose sur un papier, ce n'est pas le papier qui pourra te dire ce que représente le dessin.

J'en ai froid dans le dos.

Kierkegaard

l'Europe s'achemine lentement vers la faillite...

Hilde regarda sa montre. Il était déjà plus de quatre heures. Elle posa le classeur sur son bureau et se précipita à la cui sine. Il fallait qu'elle se dépêche si elle ne voulait pas que sa mère abandonne tout espoir de voir arriver sa collation. En passant, elle lança un coup d'œil au miroir.

Elle mit l'eau à bouillir et beurra quelques tranches de pain à toute allure.

C'était décidé, elle allait rendre à son père la monnaie de sa pièce ! Hilde se sentait de plus en plus l'alliée de Sophie et d'Alberto. Ça commencerait dès Copenhague...

En un rien de temps elle fut en bas près du hangar à bateau avec un grand plateau.

— Voici ton déjeuner ! cria-t-elle.

Sa mère, un grand morceau de papier émeri à la main, s'essuya le front du revers de la main.

Elles s'assirent sur lajetée pour déjeuner.

— Quand rentre Papa ? demanda Hilde après un moment.

— Samedi, tu le sais bien.

— Oui, mais quand? Tu m'as dit qu'il passait d'abord par Copenhague.

— Eh bien...

Sa mère était en train de manger une tartine de pâté de foie avec une tranche de concombre.

—... il atterrira à Copenhague vers cinq heures. L'avion pour Kristiansand décollera à huit heures et quart. Je crois que l'arrivée à Kjevik est prévue à neuf heures et demie.

— Il aura donc quelques heures d'attente à l'aéroport de Copenhague.

— Pourquoi me demandes-tu ça?

— Oh ! c'est juste pour savoir. Je me demandais comment il rentrait.

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