Sur ce, il reprit sa course et Alice le suivit. Elle eut juste le temps de faire une autre révérence en disant :

Ça y est, ça recommence.

Dis bonjour à Dinah et à la Reine de ma part, lui cria Sophie avant de la voir disparaître tout à fait.

Restés seuls, Alberto et Sophie examinèrent les deux bou teilles.

bois-moi et bois-moi aussi, lut Sophie qui ajouta aussitôt : je ne sais pas si je vais oser le faire.

Alberto se contenta de hausser les épaules.

C'est le major qui nous l'envoie, et tout ce qui vient de lui est de la conscience. Ce ne peut donc être que du «jus de pensée».

Sophie déboucha la bouteille rouge et la porta prudemment à ses lèvres. Le liquide avait un drôle de goût sucré, en tout cas celui-. Mais, dans le même temps, tout ce qui l'entourait deve nait soudain différent.

C'était comme si l'étang, la forêt et le chalet se fondaient en un seul élément. Elle eut bientôt l'impression qu'elle ne voyait plus qu'une seule personne et que cette personne, c'était Sophie elle-même. Elle leva les yeux vers Alberto, mais lui aussi sem blait n'être qu'une partie de l'âme de Sophie.

Ça fait un drôle d'effet, expliqua-t-elle. Je vois tout comme avant, mais c'est comme si tout faisait partie d'un tout. J'ai l'impression que tout n'est qu'une seule et unique conscience.

Alberto hocha la tête d un air entendu, mais Sophie eut l'impression qu'elle se hochait la tête à elle-même.

C'est le panthéisme ou la philosophie de la totalité. C'est l'Esprit du monde des romantiques. Selon eux, le monde entier n'était qu'un vaste «je ». Hegel aussi n'oubliait pas l'individu pris isolément et voyait dans fe monde l'expression d'une seule et unique raison universelle.

Est-ce que je dois aussi goûter l'autre bouteille ?

C'est ce qui est marqué.

Sophie déboucha la bouteille bleue et but une grande gorgée. Le goût en était un peu plus acide mais c'était plus rafraîchis sant. aussi tout ce qui l'entourait changea subitement.

Les sensations produites par le liquide rouge se dissipèrent instantanément et tout redevint comme avant : Alberto rede vint Alberto, les arbres de la forêt redevinrent des arbres et l'étang redevint comme un petit lac.

Mais cela ne dura qu'une seconde car les choses continuè rent, sous les yeux étonnés de Sophie, à se détacher les unes des autres. La forêt n'était plus une forêt, le moindre petit arbre représentait à présent un monde à lui tout seul. La moindre petite branche représentait à elle seule tout un univers mer veilleux à partir duquel on aurait pu broder mille contes.

D'un seul coup, le petit étang était une mer infinie, non en profondeur ou en largeur, mais à cause de ses jeux de lumière et du délicat tracé de ses rives. Sophie comprit qu'elle n'aurait pas trop de toute une vie pour regarder cet étang et que, même après sa mort, ce petit lac resterait un mystère insondable.

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