Tout d'abord, la foi est essentielle pour tout ce qui concerne les problèmes religieux. « Si je peux saisir Dieu objec tivement alors je n'ai pas la foi, mais c'est justement parce que je ne peux pas le faire que je suis obligé d'avoir la foi. Et si je veux garder la foi, je dois veiller à rester dans l'ignorance objective même par soixante-dix mille mètres de fond et garder pourtant la foi. »

C'est un peu lourd comme formule.

Beaucoup avaient auparavant essayé de prouver l'exis tence de Dieu ou du moins de le concevoir par la raison. Mais, si l'on accepte ce genre de preuves de Dieu ou d'arguments de la raison, on perd la vraie foi et, partant, tout sentiment religieux intime. Car l'essentiel n'est pas de savoir si le christianisme est vrai ou non, mais s'il est vrai pour moi. Au Moyen Âge, on disait déjà : credo quia absurdum.

Ah î vraiment?

Ce qui signifie : « Je crois parce que c'est contraire à la raison. » Si le christianisme avait fait appel à notre raison, et non à d'autres aspects de notre personnalité, il n'aurait plus été une question de foi.

Ça, j'ai compris.

Nous avons donc vu ce que Kierkegaard entendait par « existence », par « vérité subjective » et ce que recouvrait pour lui le concept de « foi ». Ces trois notions déterminent une cri tique de la tradition philosophique, à commencer par celle de Hegel. Mais c'était aussi toute une « critique de la civilisation », car dans la société moderne l'homme est devenu le « grand public » ou la « masse », et son signe distinctif est de pouvoir « parler » de tout et de rien. Nous dirions peut-être aujourd'hui que c'est le « conformisme » qui domine, c'est-à-dire que tous « pensent » et « défendent » la même chose sans avoir le moindre réel engagement vis-à-vis de cette chose.

J'étais en train de me demander si Kierkegaard n'aurait pas eu du fil à retordre avec les parents de Jorunn.

Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'était pas très indulgent envers ses semblables. Sa plume était acerbe et il savait manier l'ironie. Il pouvait lancer des formules incen diaires du genre « la foule est le contraire de la vérité » ou encore « la vérité est toujours du côté de la minorité ». La plu part des gens se contentaient de jouer à vivre sans se poser la moindre question.

Collectionner les poupées Barbie, c'est une chose, mais c'est presque pire d'être une vraie poupée Barbie soi-même...

Cela nous amène à parler des trois « stades sur le chemin de la vie ».

Pardon?

Kierkegaard considérait qu'il y avait trois attitudes pos sibles face à l'existence. Lui emploie le terme de stades : le « stade esthétique », le « stade éthique » et le « stade religieux ». En utilisant le terme de « stade », il veut aussi montrer qu'on peut très bien vivre au niveau des deux stades inférieurs et « franchir » soudain le fossé qui vous sépare du stade supérieur. Cela dit, la plupart des gens restent au même stade toute leur vie.

Je parie que je vais bientôt avoir droit à une explication. J'ai envie de savoir à quel stade j'en suis.

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