Oui, et ainsi on passe au stade éthique. C'est un stade empreint de gravité et l'on tente de vivre selon des critères moraux. Ce stade éthique n'est pas sans rappeler l'éthique du devoir chez Kant, quand il dit que nous devons suivre la loi morale en nous. Comme Kant, Kierkegaard fait appel à la par tie sensible de l'homme : l'essentiel n'est pas de savoir très pré cisément ce que l'on considère comme étant juste ou faux, mais de choisir et d'agir en fonction de cette distinction. L'esthète, lui, ne s'intéresse qu'à savoir ce qui est « amusant » pour pou voir laisser de côté tout ce qui est « ennuyeux ».

Est-ce qu'on ne finit pas par devenir quelqu'un d'un peu trop sérieux, à vivre comme ça ?

Bien sûr que oui. Pour Kierkegaard non plus, le « stade éthique » n'est pas satisfaisant L'homme de devoir finira par se lasser d'être si conscient de son devoir et de ne jamais faillir à la règle de vie qu'il s'est fixée. Beaucoup de personnes connaissent cette lassitude à l'âge adulte. C'est pourquoi certains retombent au stade esthétique la vie ressemble à un jeu. Mais d'autres franchiront la dernière étape qui les conduit au stade religieux. Ils osent faire le grand saut dans les « soixante-dix mille mètres

de fond » de la foi. Au plaisir des sens et à l'accomplissement du devoir que leur dicte la raison, ils préféreront la foi. Et même si cela peut être « terrible de tomber vivant entre les mains de Dieu », comme l'exprime Kierkegaard, l'homme trouve enfin la réconciliation tant espérée avec lui-même.

Par le christianisme, donc.

Oui, pour Kierkegaard, le « stade religieux » c'était le christianisme. Mais sa pensée eut aussi une grande influence sur des philosophes non chrétiens. Au cours du xxe siècle se développa une philosophie dite « existentielle » qui s'inspira fortement de Kierkegaard.

Sophie jeta un coup d'œil à sa montre.

Il est presque sept heures, il faut vite que je rentre chez moi. Sinon Maman va me faire une de ces scènes...

Elle fit un petit signe de la main au philosophe et courut vers le lac et la barque.

Marx

...un spectre hante l'Europe.

Hilde se leva du lit et vint près de la fenêtre qui donnait sur la baie. Elle avait commencé sa journée du samedi en lisant l'histoire des quinze ans de Sophie. La veille, elle avait fêté son propre anniversaire.

Si son père s'était imaginé qu'elle arriverait à lire jusqu'à l'anniversaire de Sophie, il avait mis la barre trop haut. Elle n'avait fait que dévorer le livre toute la journée d'hier! Elle avait encore eu droit une dernière fois à des vœux de joyeux anniversaire : quand Alberto et Sophie avaient chanté Happy birthday toyou ! Hilde n'avait pas particulièrement apprécié.

Ainsi, Sophie avait décidé d'inviter tout le monde à une « garden-party philosophique », le jour même où le père de Hilde devait revenir du Liban. Hilde était convaincue qu'il allait se passer quelque chose de totalement imprévisible aussi bien pour elle-même que pour son père...

Elle était en tout cas sûre d'une chose : avant son retour, son père allait recevoir une douche froide. C'était bien le moins qu'elle puisse faire pour Sophie et Alberto. N'avaient- ils pas demandé son aide ?

Sa mère s'affairait encore dans le hangar à bateau. Hilde était descendue en catimini au rez-de-chaussée pour télépho ner. Elle trouva le numéro de téléphone de Anne et Ole à Copenhague et le composa.

— Allô, qui est à l'appareil ?

— Bonjour, c'est moi, Hilde.

— Comme c'est gentil de penser à nous ! Tout va bien chez vous?

— Oh ! oui, et en plus c'est les vacances. Encore une semaine et Papa rentre du Liban.

— Ça doit te faire drôlement plaisir, Hilde.

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