Oh!... Nous avons toi et moi le même écrivain. Vu sous cet angle, nous sommes beaucoup plus liés l'un à l'autre qu'on pourrait le croire au premier abord.

Td et ton ironie !

À double sens, Sophie, c'était de l'ironie à double sens.

Mais revenons à cette histoire de justice. Tu as dit que Marx jugeait que le capitalisme créait une société injuste. Com ment pourrais-tu définir une société juste ?

Un philosophe de la morale, sous l'inspiration de Marx, un certain John Rawls, a donné l'exemple suivant à méditer : imagine que tu sois membre d'une très haute assemblée qui déterminerait l'ensemble des lois pour la société de demain.

Je crois que ça me plairait bien.

Ils seraient obligés de penser à tout une bonne fois pour toutes car lorsqu'ils trouveraient enfin un accordet auraient voté toutes ces loisils tomberaient raides morts.

Quelle horreur !

Mais ils se réveilleraient instantanément dans la société dont ils auraient voté les lois. Ce qu'ils ne sauraient pas, en revanche, c'est quelle place ils auraient dans la société.

Ah ! je vois.

Cette société serait une société juste, car elle aurait été conçue par des hommes « égaux ».

Et les femmes, -dedans?

Cela ferait justement partie du jeu. On ne saurait pas si on se réveillerait dans la peau d'un nomme ou d'une femme. Comme on aurait une chance sur deux, il y a tout lieu de croire que la société serait aussi juste pour les nommes que pour les femmes.

Cela paraît une idée fort séduisante.

Réponds-moi maintenant : la société européenne à l'époque de Marx était-elle une société de ce type?

Non!

Peux-tu alors m'indiquer une société de ce type aujourd'hui quelque part dans le monde ?

Euh... c est pas évident.

Je te laisse réfléchir. Le chapitre sur Marx est clos à présent.

Qu'est-ce que tu as dit?

Coupez!

30 Darwin

...un bateau qui traverse la vie avec sa cargaison de gènes...

Dimanche matin, Hilde fut réveillée par un grand bruit sec. C'était son classeur qui était tombé par terre. Elle était restée au lit à lire la conversation entre Sophie et Alberto à propos de Marx et avait fini par s'endormir sur le dos, le classeur sur la couette. La lampe au-dessus de son lit était restée allumée toute la nuit.

Son réveil à quartz indiquait en belles lettres vertes 8.59.

Elle avait rêvé d'usines gigantesques et de métropoles toutes noires. A un coin de rue, il y avait une petite fille qui vendait des allumettes. Des hommes et des femmes élégants dans leurs longs manteaux passaient près d'elle sans lui accorder la moindre attention.

En se levant, elle repensa aux législateurs qui allaient se réveiller dans une société qu'ils auraient conçue de A à Z. Hilde en tout cas n'était pas mécontente de se réveiller à Bjerkely.

Aurait-elle eu envie d'ouvrir les yeux si elle n'avait pas su où exactement en Norvège elle allait se réveiller ?

Il ne s'agissait pas seulement de savoir où, qui sait si elle ne devait pas se réveiller aussi à une tout autre époque ? Au Moyen Age par exemple ou encore il y a dix ou vingt mille ans, à l'âge de pierre? Hilde essaya de s'imaginer assise devant l'entrée d'une caverne, peut-être en train de préparer une peau de bête.

Ça voulait dire quoi, être une fille de quinze ans dans un monde où tout ce qui s'appelle culture n'existait pas encore? Quelles auraient été ses pensées ?

Hilde enfila un pull-over, reprit le classeur sur ses genoux et s'installa bien confortablement pour continuer à lire la longue lettre de son père.

Juste au moment Alberto avait dit « Coupez ! », on frappa à la porte du chalet.

Nous n'avons pas vraiment le choix, dit Sophie.

Je crains bien que non, grommela Alberto.

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