— Oui, et on comprend aisément pourquoi. Dans les milieux religieux, mais aussi dans plusieurs milieux scientifiques, on s'en tenait à la version de la Bible qui dit que les plantes et les animaux ont une nature immuable. L'idée sous-jacente était que chaque espèce animale avait été créée une fois pour toutes par un acte créateur particulier. Cette conception chrétienne
présentait en outre l'avantage d'être corroborée par Platon et Aristote.
— Comment ça?
— La théorie des idées de Platon partait du principe que toutes les espèces d'animaux étaient immuables parce qu'elles étaient créées d'après les modèles ou les formes des idées éter nelles. Chez Aristote aussi on retrouve cette idée de l'immuabi- lité des espèces animales. Il fallut attendre l'époque de Darwin pour que toute une série de découvertes et d'observations remettent en cause cette conception traditionnelle.
— De quel genre d'observations et d'expériences s'agissait-il?
— On trouva tout d'abord de plus en plus de fossiles, ainsi que de grands morceaux de squelettes d'animaux. Darwin lui- même s étonna de trouver des fossiles d'animaux marins dans des régions élevées, comme cela avait été le cas dans les Andes par exemple. Que venaient faire des animaux marins dans la cordillère des Andes, Sophie? Tu as une idée?
— Non.
— Certains pensaient que des hommes ou des animaux les y avaient laissés. D'autres y virent la main de Dieu qui aurait créé de tels fossiles et restes d'animaux marins pour égarer les incroyants.
— Et qu'en pensait la science?
— La plupart des géologues s'en tenaient à une « théorie de la catastrophe » selon laquelle la Terre avait été à diverses reprises soit recouverte par les eaux, soit secouée par des trem blements de terre, ou des catastrophes de ce genre, qui avaient éradiqué toute forme de vie. Une telle catastrophe est aussi attestee dans la Bible, c'est le Déluge avec l'Arche de Noé. A chaque catastrophe, Dieu renouvelait la vie sur terre en créant de nouvelles et plus parfaites espèces animales et végétales.
— Les fossiles étaient donc les traces des formes antérieures de vie qui furent anéanties par de violentes catastrophes ?
— Exactement. On disait que les fossiles étaient la trace des animaux qui n'avaient pas trouvé de place dans l'Arche de Noé. Mais quand Darwin s'embarqua sur le
— A quel genre de changements pensait-il en disant ça?