— Comme avoir un long cou par exemple ?
— Lamarck prétendait que les girafes avaient fini par avoir un long cou à force de le tendre pour attraper les feuilles des arbres. Mais d'un point de vue darwiniste, une caractéristique de ce genre ne se transmet pas d'une génération à l'autre. Darwin considérait le long cou des girafes comme une variation naturelle des cous des ancêtres. Le néo-darwinisme se contente de donner la cause de telle ou telle variation.
— Ce qu'on appelle les mutations.
— Oui, des modifications tout à fait accidentelles du patri moine génétique ont doté certains ancêtres des girafes d'un cou un peu plus long que la moyenne. Comme la nourriture était limitée, ce détail eut son importance car celle qui atteignait les branches les plus élevées s en sortait mieux. Il est également fort probable que, parmi ces ancêtres de girafes, certaines déve lopperait la faculté de creuser la terre à la recherche de nour riture. Au bout d'un certain temps, une race en voie d'extinc tion peut donc se diviser en deux nouvelles races.
— Je vois.
— Nous allons prendre quelques exemples plus récents pour montrer comment s'opère cette sélection naturelle. C'est en fait un principe extrêmement simple.
— Je t'écoute.
— Il existe en Angleterre une espèce de papillon que l'on appelle la phalène du bouleau. Comme son nom l'indique, il habite sur les troncs clairs des bouleaux. Si nous remontons au xvIIP siècle, la plupart de ces papillons étaient d'un beau bleu- gris. Et tu sais pourquoi, Sophie ?
— Peut-être étaient-ils moins visibles pour les oiseaux affamés.
— Mais, de temps à autre, certains naissaient avec une cou leur plus sombre. Cela était dû à des mutations tout à fait acci dentelles. Que crois-tu qu'il arriva à ces variantes plus sombres?
— Elles étaient plus repérables et donc une proie plus facile pour les oiseaux en quête de nourriture.
— Oui, car dans ce milieu, ici les troncs argentés des bou leaux, la couleur foncée était un inconvénient. Aussi se multi-
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lièrent les espèces claires au détriment des espèces sombres, lais le milieu changea : à cause de l'industrialisation, les troncs argentés devinrent tout noirs. Et alors, à ton avis, qu'arriva-t-il aux papillons plus sombres?
— Eh bien, ce sont eux qui s'en tirèrent le mieux, c'est ça?
— Oui, très vite ils se multiplièrent. De 1848 à 1948, ils aug mentèrent même dans la proportion de 99 % dans certains endroits. Les derniers « perdants » de couleur claire étaient irrémédiablement élimines par les oiseaux dès qu'ils faisaient tache contre les troncs sombres. Puis, de nouveau, on assista à un important changement de milieu. On utilisa moins de char bon et on équipa les usines de stations d'épuration qui préser vent l'environnement.
— Alors les troncs sont redevenus argentés?
— C'est pourquoi les papillons sont en train de retrouver leur couleur claire d'origine. C'est ce qu'on appelle la faculté d'adaptation. C'est une loi naturelle.
— Je comprends.