— Mais l'homme peut intervenir de différentes manières sur l'environnement
— À quoi penses-tu en disant ça?
— On a par exemple essayé de combattre des parasites avec divers produits toxiques. Cela donne tout d'abord un bon résul tat. Mais quand on répand des insecticides sur un champ ou un veiger, on provoque en même temps une petite catastrophe éco logique à cause des insectes que 1 on veut tuer. Les mutations au sein de la même espèce peuvent produire un groupe de para sites résistant au poison utilisé. Ces « gagnants » peuvent alors librement se multiplier et cela devient un vrai casse-tête pour éliminer ces espèces de parasites qui deviennent de plus en plus résistants au fur et à mesure que l'homme essaie de les com battre, puisque seules les variantes les plus résistantes survivent aux divers traitements inventés par l'homme pour les décimer.
— Mais c'est effrayant!
— Cela mérite en tout cas réflexion. Mais dans notre propre corps aussi, nous essayons de combattre des parasites nuisibles. Je veux parler des bactéries.
— Nous utilisons la pénicilline et d'autres antibiotiques.
— Une cure de pénicilline est précisément une « catastrophe écologique » pour ces petits diables. Mais plus nous prenons de pénicilline, plus ces bactéries deviennent résistantes. Nous sommes ainsi responsables de l'apparition de bactéries beau coup plus difficiles à combattre qu avant, ce qui nous oblige à utiliser des antibiotiques de plus en plus forts, mais à la fin...
— À la fin, les bactéries vont pulluler dans notre bouche et se frayer un chemin pour sortir, qui sait? On sera peut-être obligé de leur tirer dessus ?
— Sans aller jusque-là, il faut reconnaître que la médecine moderne se trouve devant un vrai dilemme. Certains microbes sont devenus plus agressifs qu'avant, il faut se rappeler que peu d'enfants survivaient autrefois aux maladies infantiles. La médecine moderne a en quelque sorte écarté la sélection natu relle. Ce qui au départ aide l'individu à surmonter une « défaillance passagère » peut finir par affaiblir tout le genre humain en le rendant moins résistant aux diverses maladies qui le menacent Si nous n'en tenons pas compte, nous allons lente ment assister à une « dégénérescence » du genre humain. A la longue, l'homme n'aura pas le bagage héréditaire suffisant pour être en mesure de s'adapter et de lutter contre les mala dies graves.
— Voilà des perspectives peu réjouissantes.
— Mais il est du devoir d un vrai philosophe de dessiller les yeux des gens ! Bon, résumons-nous.
—Jet en prie !
— La vie est comme une grande loterie où l'on ne voit que les lots gagnants.
— Qu'est-ce que tu entends par là?
— Ceux qui n'étaient pas assez résistants ont été éliminés. Derrière chaque espèce végétale ou animale, il y a eu des millions d'années où a joué la sélection naturelle qui n'a laissé survivre que les « lots gagnants ». Les « lots perdants », eux, ne sont apparus qu'une seule fois.
— Seuls les meilleurs sont restés, c'est ça?