Elle fut frappée par un détail : si Alberto et Sophie avaient réussi à s'échapper de la narration, il ne pouvait plus rien y avoir d'écrit sur eux dans le classeur. Car tout ce qu'il y avait dedans, son père le savait par cœur.

Mais pouvait-il y avoir quelque chose d'écrit entre les lignes ? Il lui semblait avoir lu cette phrase quelque part en toutes lettres. Hilde comprit qu'il lui fallait relire toute l'his toire plusieurs fois.

Tandis que la Mercedes blanche débouchait en trombe dans le jardin, Alberto avait entraîné Sophie dans sa cachette. Puis ils avaient traversé la forêt en courant et regagné le chalet.

Vite ! criait Alberto. Il fout le faire avant qu'il ne parte à notre recherche !

Est-ce que nous avons échappé à l'attention du major maintenant?

Nous nous trouvons dans la zone frontalière !

Ils ramèrent jusqu'à l'autre côté du lac et se précipitèrent à l'intérieur du chalet. Alberto ouvrit alors une trappe et poussa Sophie dans la cave. Tout devint noir.

Les jours qui suivirent, Hilde peaufina son propre plan. Elle envoya plusieurs lettres à Anne Kvamsdal à Copenhague et lui téléphona aussi plusieurs fois. A Lillesand, elle demanda l'aide de tous ses amis et relations, et presque la moitié de sa classe fut engagée à participer.

De temps à autre, elle reprenait le Monde de Sophie, car ce n'était pas une histoire dont on pouvait faire le tour en une seule lecture. Elle imaginait chaque fois une autre version de ce qui avait pu arriver à Sophie et Alberto depuis leur dispa rition à la fête.

Le samedi 23 juin, elle se réveilla en sursaut vers neuf heures. Elle savait que son père avait déjà décollé du Liban. Il ne restait plus qu'à attendre. L'emploi du temps pour le res tant de la journée de son père avait été minutieusement pré paré dans les moindres détails.

Dans le courant de la matinée, elle commença à préparer la soirée de la Saint-Jean avec sa mère. Hilde ne pouvait s'empêcher de penser à la manière dont Sophie, elle aussi, avait aidé sa mère à préparer sa fête.

Mais tout ça, c'était du passé ! Ou bien étaient-elles en train de mettre la table en ce moment précis ?

Sophie et Alberto s'assirent sur une pelouse devant deux grands bâtiments avec d'affreux ventilateurs et bouches d'aération sur la façade. Une jeune femme et un jeune homme

sortirent d'un des bâtiments, lui portait une serviette marron et elle un sac rouge en bandoulière. Dans une petite rue derrière eux, on voyait passer une voiture.

Que s'est-il passé? demanda Sophie.

Nous avons réussi !

Mais sommes-nous ici ?

À Maiorstua.

Mais Majorstua... c'est le « chalet du major »!

C'est ici, a Oslo.

Tu en es sûr?

Tout à fait sûr. Ce bâtiment-ci s'appelle « Château-Neuf ». On y étudie la musique. Et celui-, c'est la faculté de théologie. Plus haut sur la colline, on étudie les sciences de la nature et tout en haut la littérature et la philosophie.

Est-ce que nous sommes sortis du livre de Hilde et échap pons au contrôle du major?

Oui. Jamais il ne pourra nous retrouver ici.

Mais étions-nous quand nous avons traversé la forêt en courant?

Quand le major était occupé à faire s'écraser la Mercedes blanche du conseiller financier contre un pommier, nous avons saisi notre chance en nous dissimulant dans ta cabane. Nous en étions au stade fœtal, Sophie. Nous appartenions à la fois à l'ancien et au nouveau monde. Mais il est impossible que le major ait songé à nous cacher ici.

Pourquoi ça?

Il ne nous aurait pas lâchés si facilement. Ça a marché comme sur des roulettes. Encore que... on peut toujours imagi ner qu'il est au courant et se mêle au jeu.

Qu'est-ce que tu veux dire par ?

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