— Non, tu vois les choses à l'envers. C'est la réalité autour de nous qui n'est qu'une aventure de l'esprit pour nous.
— Attends, je ne te suis pas.
— Alors, écoute bien. C'est un malentendu largement répandu que l'esprit est d'une nature plus « aérienne » que la vapeur d'eau. Mais c'est le contraire. L'esprit est plus solide que la glace.
— Je n'y ai jamais pensé.
— Alors, je vais te raconter une histoire. Il était une fois un homme qui ne croyait pas aux anges. Un jour, cependant, un ange vint le visiter pendant qu'il travaillait dans la forêt.
— Et alors?
— Us marchèrent ensemble un moment. Vers la fin, l'homme se tourna vers l'ange et lui dit : « Oui, me voilà obligé
d'admettre que les anges existent. Mais vous n'existez pas vrai ment comme nous. » « Qu'entends-tu par là? » demanda l'ange. Et l'homme répondit : « Lorsque nous avons croisé un gros rocher, j'ai dû le contourner mais j'ai vu que tu n'as fait que passer à travers. De même, quand un tronc couché nous a barré le chemin, j'ai été obligé de l'enjamber alors que toi, tu as continué à marcher tout normalement. » Cette réponse sur prit beaucoup l'ange qui dit : « N'as-tu pas remarqué que nous avons aussi traversé un marécage? Là, nous avons pu tous les deux marcher dans le brouillard. C'était parce que nous avons une consistance beaucoup plus solide que le brouillard. »
— Ah!...
— Il en va de même pour nous, Sophie. L'esprit peut traver ser des portes d'acier. Aucun tank ni aucun bombardier ne peut détruire quelque chose qui est fait d'esprit.
— Ça fait tout drôle de penser à ça.
— Nous arriverons bientôt à RisQr et cela fait à peine une heure que nous avons quitté Majorstua. Je prendrais bien un café.
A la hauteur de Fiane, juste avant SQndeled, ils aperçurent une cafétéria sur la gauche. Elle s'appelait CindereDa. Alberto quitta la route et gara la voiture sur un bout de pelouse.
Au café, Sophie s'efforça vainement de soulever une bou teille de Coca-Cola du comptoir, mais on eût dit qu'elle était collée. Un peu plus loin, Alberto essayait d'appuyer sur la machine à café, mais il avait beau appuyer de toutes ses forces, rien n'y faisait.
D devint si furieux qu'il se retourna et réclama de l'aide des autres clients. Comme personne ne réagissait, il se mit à crier si fort que Sophie dut se boucher les oreilles :
—Je veux du café !
Il ne devait pas être si en colère que ça car la seconde d'après il éclata de rire.
— Ils ne peuvent nous entendre, c'est vrai. Nous ne pouvons pas non plus nous servir de leur caifé.
Ils allaient partir quand soudain une vieille dame se leva et alla vers eux. Elle portait une jupe rouge vif, un pull tricoté main bleu glacier et un foulard blanc sur la tête. Ces couleurs et toute sa personne tranchaient sur le reste de ce café plutôt terne.
— Qu'est-ce que tu as à crier comme ça, mon garçon?
— Excusez-moi.
— Tu voulais du café, c'est ça?
— Oui, mais...
— Nous avons un petit établissement un peu plus loin.
Ils suivirent la vieille femme et s'engagèrent sur un sentier derrière la cafétéria. Chemin faisant, elle demanda :