La mini-télévision coûtait neuf cent quatre-vingt-cinq cou ronnes danoises. Ce n'était rien comparé à l'état dans lequel se trouvait Albert Knag, ballotté dans tous les sens selon le bon vouloir de sa fille. Etait-elle là, oui ou non ?
Il commença à se retourner tous les cinq pas. Il se sentait à la fois espion et marionnette. Ne lui avait-on pas volé sa propre liberté d'homme?
Il fallait aussi qu'il aille à la boutique
Albert Knag poussa un soupir de découragement, puis finit par entrer dans la boutique, mais il n'acheta que ce qui lui avait été demandé. Chargé de trois sacs en plastique, son bagage sur l'épaule, il se dirigea enfin vers la porte 28 pour attendre l'embarquement. Tant pis s'il restait encore des petits mots quelque part.
Mais sur une colonne, à la porte 28, l'attendait encore une enveloppe blanche :
Il s'enfonça dans un fauteuil, le dos bien calé, tout en gardant ses sacs en plastique serrés contre lui sur les genoux. C'est ainsi qu'un fier major resta assis à regarder tous les passagers comme s'il était un enfant qui voyageait seul pour la première fois de sa vie. Si jamais elle était ici, il n'allait pas lui faire le plaisir de la laisser l'apercevoir la première !
Inquiet, il dévisageait tous les voyageurs au fur et à mesure de leur arrivée. Il avait l'impression d'être un ennemi étroite ment surveillé par les services secrets du pays. En montant enfin dans l'avion, il poussa un soupir de soulagement. Il fut le dernier à embarquer.
En remettant sa carte d'embarquement, il trouva une der nière enveloppe collée sur le comptoir.
Sophie et Alberto avaient franchi le pont de Brevik et arrivè rent à la bifurcation vers KragerO.
— Tu roules à cent quatre-vingts, dit Sophie.
— Il est presque neuf heures. D ne va pas tarder à atterrir à l'aéroport de Kjevik. De toute façon, on ne peut pas être pris en infraction de vitesse.
— Et si nous avons un accident?
— Cela n'a aucune importance si c'est contre une voiture normale. En revanche, contre une voiture comme la nôtre...
— Eh bien?
— Il faut faire attention, c'est tout.
— Oui, mais ça ne va pas être facile de doubler ce bus de tourisme. La forêt longe la route des deux côtés.
— Ça ne fait rien du tout, Sophie. Il va falloir que tu t'ha bitues.
En disant ces mots, il donna un coup de volant et traversa l'épaisse forêt comme si de rien n'était
Sophie soupira, soulagée.
— Tu m'as fait peur.
— On ne sentirait rien même si on traversait un mur en acier.
— Cela signifie que nous sommes seulement des esprits par rapport au monde environnant.