Le néo platonicien le plus important fut Plotin (environ 205- 270), qui étudia la philosophie à Alexandrie et vint par la suite s'établir à Rome. Il est intéressant de noter qu'il venait d'Alexandrie, cette ville qui pendant des siècles avait été le point de rencontre entre la philosophie grecque et la mystique orientale. Dans ses bagages, Plotin avait une théorie du salut qui allait devenir un sérieux concurrent pour le christianisme à ses débuts. Mais le néo platonisme allait aussi exercer une forte influence sur la théologie chrétienne.

Tu te souviens, Sophie, de la théorie des idées chez Platon. Il distinguait le monde des idées et le monde des sens et séparait clairement l'âme de l'homme et son corps. Ainsi, il y a une dua lité dans l'homme : le corps se compose de terre et de poussière comme toute chose ici-bas dans le monde des sens, tandis que l'âme est immortelle. Cette idée était largement répandue chez beaucoup de Grecs bien avant Platon. Plotin connaissait aussi des conceptions similaires qui avaient cours en Asie.

Le monde est selon Plotin tendu entre deux pôles. D'un côté

il va la lumière divine, ce qu'il appelle lUn » ou parfois « Dieu ». De l'autre côté règne 1 obscurité totale, la lumière de l'Un ne peut pénétrer. Toute la démarche de Plotin est de nous faire prendre conscience que cette obscurité n'a pas d'existence. Elle est une absence de lumière, certes, mais elle //est pas. La seule chose qui existe, c'est Dieu ou l'Un, mais telle une source de lumière qui petit à petit se perd dans le noir, il y a une certaine limite à la portée du rayonnement divin.

Selon Plotin, l'âme reçoit les rayons de l'Un, tandis que la matière est cette obscurité qui n'a pas de réelle existence. Même les formes dans la nature reçoivent toutes un pâle reflet de l'Un.

Imagine, chère Sophie, un feu de camp dans la nuit. Des étincelles crépitent de tous côtés. Dans un large périmètre autour du feu, la nuit est comme illuminée et, à des kilomètres de , on apercevra la faible lumière de ce feu lointain. Si nous nous éloignons davantage, nous ne verrons plus qu'un minus cule point lumineux, telle une faible lanterne dans la nuit. Et si nous nous éloignons encore davantage, la lumière ne nous parviendra plus. À un endroit, la lumière se perdra dans le noir, et quand il fait tout noir nous ne pouvons rien voir. Il n'y a alors ni ombres ni silhouettes.

Représente-toi maintenant la réalité comme ce feu de camp. Ce qui brûle, c'est Dieu, et l'obscurité à l'extérieur est la matière dont sont faits les hommes et les animaux. Tout près de Dieu se trouvent les idées éternelles qui sont la matrice de tout ce qui est créé. L'âme de l'homme est avant toute chose une « étincelle du feu ». Cependant, toute la nature reçoit un peu du rayonnement divin. Il suffit de regarder tous les êtres vivants ; même une rose ou une jacinthe des bois dégage quelque chose de la lumière divine. Le plus loin du Dieu vivant, on trouve la terre, l'eau et la pierre.

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