tu gagnes. Tu te perds toi-même dans ta forme présente, mais tu prends aussi conscience que tu es quelque chose d'infiniment plus grand. Tu es l'univers. Oui, c'est toi, Sophie, qui es l'âme du monde. C'est toi qui es Dieu. Même si tu dois renoncer à toi- même en tant que Sophie Amundsen, console-toi en te disant que tu finiras bien un jour ou l'autre par perdre ce « moi de tous les jours ». Ton vrai moi, que tu ne peux réussir à connaître qu'en renonçant à toi-même, est selon les mystiques semblable à un feu étrange qui brûle de toute éternité.

Mais une telle expérience mystique n'arrive pas toujours d'elle-même. Le mystique doit souvent suivre le « chemin de la purification et de l'illumination » à la rencontre de Dieu. Ce chemin consiste en un mode de vie rudimentaire et en diverses pratiques méditatives. Et un jour survient le mystique atteint son but et peut enfin s'écrier : « Je suis Dieu » ou « Je suis Td ».

Nous trouvons des orientations mystiques au sein de toutes les grandes religions dans le monde. Et il est frappant de constater à quel point les descriptions que le mystique fait de son expérience se rejoignent par-delà les différences culturelles. Ce n'est que lorsque le mystique tente de donner une interpré tation religieuse ou philosophique de son expérience que l'arrière-plan culturel réapparaît

Dans la mystique occidentale, influencée par les religions monothéistes, judaïsme, christianisme et islam, le mystique sou ligne qu'il fait l'expérience d'une rencontre avec un Dieu per sonnel. Même si Dieu est présent dans la nature et dans l'âme de l'homme, il plane aussi bien au-dessus du monde.

Dans la mystique orientale, c'est-à-dire au sein de l'hin douisme, du bouddhisme et du taoïsme, il est plus courant de souligner que le mystique fait l'expérience d'une fusion totale avec Dieu ou !'« âme du monde ». « Je suis l'âme du monde », peut s'écrier le mystique, ou encore «je suis Dieu ». Car Dieu n'est pas aussi dans le monde, il n'est précisément en aucun autre lieu que . En Inde tout particulièrement il y a eu bien avant l'époque de Platon de forts courants mystiques. Swami Vivekananda, quiftt connaître la pensée hindoue en Occident, dit un jour : « De même que certaines religions dans le monde nomment athée l'homme qui ne croit pas à un Dieu existant en dehors de sa personne, nous disons quant à nous qu'est athée

l'homme qui ne croit pas en lui-même. De ne pas croire à la splendeur de sa propre âme, voilà ce que nous nommons athéisme. »

Une expérience mystique peut se révéler d'une grande importance pour l'éthique. Un ancien président indien, Radha- krishnan, déclara un jour : « Tu dois aimer ton prochain comme toi-même parce que tu es ton prochain. C'est une illu sion qui te fait croire que ton prochain est autre chose que toi- même. »

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