Je dis que tout ce qui est participe du mystère divin. Nous voyons que quelque chose brille au fond d'un tournesol ou d'une pensée sauvage. Un papillon qui volette de fleur en fleur ou un poisson rouge qui nage dans son bocal nous font pressen tir ce mystère insondable. Mais c'est grâce à notre âme que nous nous approchons le plus près de Dieu. seulement, nous Élisons un avec le grand mystère de la vie. Oui, il peut même nous arriver, à de rares occasions, de ressentir que nous sommes ce mystère divin lui-même.

Les images de Plotin rappellent l'Allégorie de la caverne chez Platon : plus on s'approche de l'entrée de la grotte, plus on se rapproche de l'origine de tout ce qui est. Mais à la différence de Platon qui sépare Ta réalité en deux parties distinctes, la pen sée de Plotin est sous le signe d'une expérience de la totalité. Tout est un, car tout est Dieu. Même les ombres tout au fond de la caverne de Platon reçoivent un pâle reflet de l'Un.

Au cours de sa vie, Plotin eut quelquefois la révélation que son âme fusionnait avec Dieu. C'est ce que nous appelons une expérience mystique. Plotin n'est pas le seul à avoir eu ce genre de révélation. Il y a eu de tout temps et dans toutes les cultures des personnes qui en ont parlé. Le récit de leur expérience peut légèrement varier, mais on retrouve des traits essentiels dans toutes ces descriptions. Examinons quelques-uns de ces traits.

La mystique

Une expérience mystique signifie que l'on ressent une unité avec Dieu ou lâme du inonde ». Certaines religions insistent sur le fossé qui existe entre Dieu et la Création, mais le mys tique fait justement l'expérience qu'un tel fossé n'existe pas. La personne « fait corps » avec Dieu, « s'est fondue » en Lui.

Derrière tout cela, il y a l'idée que ce que nous appelons com munément « moi » n'est pas notre véritable moi. Dans des moments de fulgurance, nous faisons l'expérience d'appartenir à un Moi beaucoup plus vaste. Certains l'appellent Dieu, d'autres lâme du monde », la « Nature universelle » ou encore la « totalité du monde ». Au moment de la révélation, le mystique « se perd lui-même », il disparaît ou se fond en Dieu, telle une goutte d'eau qui se perdrait elle-même en se mêlant à l'océan. Un mystique indien s'exprima en ces termes : « Quand j'étais, Dieu n'était pas. Quand Dieu est, je ne suis plus. » Le mystique chrétien Angélus Silesius (1624-1677) dit quant à lui que chaque goutte devient l'océan en se fondant en lui, de même que l'âme s'élève et devient Dieu.

Tu penses peut-être que ce ne doit pas être très agréable de « se perdre soi-même ». Je comprends tes réticences. Seulement voilà : ce que tu perds a infiniment moins de valeur que ce que

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