« C’est là, je suppose, la langue des Rohirrim, dit Legolas ; car elle ressemble à ce pays même : tantôt riche et onduleuse, tantôt dure et sévère comme les montagnes. Mais je ne saurais dire ce que signifie ce chant, sinon qu’il est chargé de la tristesse des Hommes Mortels. »
« Le voici dans le parler commun, dit Aragorn, aussi proche que je puis le rendre.
« Ainsi parla il y a bien longtemps, au Rohan, un poète oublié, rappelant la grandeur et la beauté d’Eorl le Jeune qui descendit à cheval depuis le Nord ; et son coursier avait des ailes aux pieds : Felaróf, le père des chevaux. Ainsi chantent encore les hommes, le soir. »
Sur ces mots, les voyageurs laissèrent les tertres silencieux. Suivant le sinueux chemin, ils gravirent les épaules vertes des collines et finirent par arriver aux murs vastes et venteux, aux portes d’Edoras.
Maints hommes en mailles étincelantes étaient assis là, mais ils se dressèrent aussitôt pour leur barrer le passage avec des lances. « Halte, étrangers inconnus en ces lieux ! » crièrent-ils dans la langue du Riddermark, demandant le nom des étrangers et l’objet de leur visite. L’étonnement se lisait dans leurs yeux, mais non l’amitié ; et ils jetèrent des regards noirs à Gandalf.
« J’entends bien votre parler, répondit celui-ci dans la même langue ; mais peu d’étrangers le font. Pourquoi donc ne pas employer la langue commune, comme il est d’usage dans l’Ouest, si vous souhaitez qu’on vous réponde ? »
« La volonté de Théoden Roi est que nul ne franchisse ses portes qui ne parle notre langue et ne soit notre ami, répliqua l’un des gardes. Seuls les nôtres sont les bienvenus ici en ces temps de guerre, hormis ceux de Mundburg, au pays de Gondor. Qui êtes-vous, insouciants qui traversez la plaine si étrangement vêtus, sur des chevaux pareils aux nôtres ? Il y a longtemps que nous montons la garde ici, et nous vous observions de loin. Jamais nous n’avons vu de cavaliers aussi étranges, ni de cheval plus fier que celui-ci qui vous porte. C’est l’un des
« Nous ne sommes pas des fantômes, dit Aragorn, et vos yeux ne vous abusent point. Car ces chevaux que nous montons sont en effet les vôtres, comme vous le savez bien, je suppose. Mais il est rare que le voleur revienne à l’écurie. Voici Hasufel et Arod, qui nous ont été prêtés par Éomer, Troisième Maréchal de la Marche, il y a deux jours à peine. Nous vous les ramenons à présent, tel que nous le lui avons promis. Éomer n’est-il donc pas revenu, et n’a-t-il prévenu le roi de notre arrivée ? »
Le garde eut un air troublé. « S’agissant d’Éomer, je n’ai rien à dire, répondit-il. Si ce que vous dites est vrai, Théoden n’a pu manquer d’en entendre parler : votre arrivée n’était peut-être pas tout à fait inattendue. Car voici deux nuits exactement, Langue de Serpent est venu nous dire que par la volonté de Théoden, nul étranger ne devait franchir ces portes. »
« Langue de Serpent ? dit Gandalf, toisant le garde d’un œil sévère. N’en dites pas plus ! Ce n’est pas à lui que j’ai affaire, mais au Seigneur de la Marche lui-même. Je viens en hâte. N’allez-vous pas monter, ou envoyer quelqu’un pour signifier notre venue ? » Ses yeux étincelèrent sous ses grands sourcils, tandis qu’il abaissait son regard sur l’homme.
« Très bien, j’irai, répondit lentement celui-ci. Mais quels noms dois-je annoncer ? Et que dois-je dire de votre personne ? Car vous semblez vieux et las, mais vous êtes dur et implacable en dessous, m’est avis. »