« “Un fardeau, vous l’avez été, répondit-il, mais pas aujourd’hui. Entre mes serres, vous êtes léger comme une plume de cygne. Le Soleil brille à travers vous. À la vérité, je ne crois pas que vous ayez encore besoin de moi : si je vous laissais choir, vous flotteriez sur le vent.”

« “Ne me laisse pas tomber !” m’écriai-je en un souffle, car je me sentais revenir à la vie. “Amène-moi en Lothlórien !”

« “C’est là, en effet, l’ordre de la dame Galadriel qui m’a envoyé à votre recherche”, répondit-il.

« C’est ainsi que j’arrivai à Caras Galadhon, vous trouvant tout récemment partis. Je demeurai un moment dans ce pays où le temps est sans âge et où les jours apportent la guérison et non le dépérissement. J’y trouvai la guérison, et je fus revêtu de blanc. Des conseils je donnai et d’autres je reçus. De là je vins par d’étranges chemins, et j’apporte des messages à certains d’entre vous. À Aragorn, on m’a prié de dire ceci :

Où sont les Dúnedain, Elessar, Elessar ?

Pourquoi tous tes parents vont-ils de toutes parts ?

Bientôt viendra le temps des Égarés du Nord

Et la Compagnie Grise accourra en renfort.

Mais sombre est le chemin que le sort t’a ouvert :

Les Morts gardent la voie qui conduit à la Mer.

« À Legolas, elle envoie ces paroles :

Legolas Vertefeuille à l’ombre du bois vert

La joie tu as connu. Méfie-toi de la Mer !

Si tu entends le cri de la mouette sur l’eau,

Ton cœur dans la forêt n’aura plus de repos. »

Gandalf se tut et ferma les yeux.

« Elle ne m’envoie donc aucun message ? » dit Gimli, baissant la tête.

« Sombres sont ses paroles, dit Legolas, et elles ne signifient pas grand-chose pour ceux qui les reçoivent. »

« Ce n’est pas une consolation », répondit Gimli.

« Alors quoi ? dit Legolas. Voudrais-tu qu’elle te parle ouvertement de ta mort ? »

« Certes, si elle n’avait rien d’autre à me dire. »

« Comment ? dit Gandalf, rouvrant les yeux. Oui, je crois pouvoir deviner ce que signifient ses paroles. Pardon, Gimli ! J’étais encore à méditer ces messages. Mais elle vous a bien adressé des mots, et ils ne sont ni sombres ni tristes.

« “À Gimli fils de Glóin, transmettez les salutations de sa Dame. Porteur de Boucle, où que tu ailles, ma pensée t’accompagne. Mais assure-toi de porter ta hache au bon arbre !” »

« C’est une joyeuse heure qui vous ramène à nous, Gandalf, s’exclama le Nain, gambadant de joie et chantant d’une voix forte dans l’étrange langue des Nains. Allons, allons ! cria-t-il, brandissant sa hache. Puisque la tête de Gandalf est maintenant sacrée, allons en trouver une qui mérite d’être fendue ! »

« Vous n’aurez pas à chercher bien loin, dit Gandalf, se levant de son siège. Venez ! Nous avons écoulé tout le temps qu’il est permis de consacrer à des retrouvailles d’amis. Il faut maintenant nous hâter. »

Il s’enveloppa à nouveau de sa vieille cape défraîchie et se porta en tête. Le suivant, ils descendirent rapidement de la haute corniche et revinrent sur leurs pas à travers la forêt, le long de l’Entévière. Ils ne prononcèrent plus une seule parole avant d’avoir remis les pieds dans l’herbe, à l’orée de Fangorn. Aucun signe de leurs chevaux n’était visible.

« Ils ne sont pas revenus, dit Legolas. La marche sera fatigante ! »

« Je ne marcherai pas. Le temps manque », dit Gandalf. Puis, levant la tête, il émit un long sifflement. La note était si claire, si perçante, que les autres furent stupéfaits d’entendre un tel son sortir de ces vieilles lèvres barbues. Il siffla par trois fois ; puis il leur sembla entendre, faible et lointain, le hennissement d’un cheval sur les plaines, porté par le vent d’est. Ils attendirent, songeurs. Le son de sabots leur parvint bientôt, à peine un frémissement du sol que seul Aragorn, allongé dans l’herbe, pouvait percevoir, puis se faisant toujours plus fort et plus clair pour devenir un rapide battement.

« Il vient plus d’un cheval », dit Aragorn.

« Assurément, dit Gandalf. Nous sommes un trop grand fardeau pour un seul. »

« Ils sont trois, dit Legolas, portant le regard à travers la plaine. Voyez comme ils courent ! C’est là Hasufel, et voilà mon ami Arod à ses côtés ! Mais un autre galope en avant : un très grand cheval. Je n’en ai jamais vu de pareil. »

« Et vous n’en reverrez jamais, dit Gandalf. Voici venir Scadufax. C’est le plus grand des Mearas, les seigneurs des chevaux, et même Théoden, Roi du Rohan, n’en a vu de meilleur. Ne brille-t-il pas comme l’argent, et sa course n’est-elle pas aussi fluide qu’un vif cours d’eau ? Il est venu me trouver : c’est le coursier du Cavalier Blanc. Nous montons ensemble au combat. »

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