Madame tend les reçus prouvant que la vie avec deux enfants coûte cher; Monsieur donne ses feuilles d'impôt. La juge pose deux questions à chacun, délibère par-devers soi et énonce la sentence: moins quinze pour cent. La somme reste très largement supérieure au montant du SMIC.
«Je
– Alors faites appel!
– Certainement.»
A peine a-t-il confié la mission à son avocat qu'il reçoit un coup de téléphone gêné de son banquier: la reum a fait une saisie-attribution sur ses comptes. Ceux-ci sont bloqués jusqu'au paiement de la somme exigée par Me Xavos, huissier, opérant pour le compte de la mère de ses enfants. Souhaite-t-il un prêt?
«Oui», fait-il.
«Non», conseille la médiatrice nommée par le procureur de la République.
Elle le reçoit dans un petit bureau, au rez-de-chaussée d'un immeuble tout propre. C'est une vieille dame fragile, ancienne juge, qui occupe le temps de sa retraite à tenter d'aplanir les difficultés surgies ici et là, sur la route des familles décomposées. La dame est comme sa grandmère. Elle prend son histoire sur les genoux. Elle la caresse en tous sens pour bien en comprendre les subtilités. Elle explique qu'avant de le recevoir lui, elle a entendu la reum.
«Ne payez pas tant que la cour d'Appel ne s'est pas prononcée.»
Ne souhaitant pas mêler son banquier à ses affaires personnelles, il n'écoute pas le conseil, emprunte l'argent et règle Me Xavos. Quelques semaines plus tard, la cour d'Appel lui donne raison, rétablit la pension alimentaire à un niveau plus raisonnable (mais conséquent) et exige de la partie adverse qu'elle rembourse le trop-perçu.
Le soir, avec Jeanne, lorsque les enfants sont couchés, ils fêtent la nouvelle au bordeaux.
Mais déchantent trois mois plus tard, après qu'elle-même et le reup ont été reçus par le juge chargé de leur différend. Sentence: pension strictement symbolique.
L'ingénieur dans le pétrole s'est bien débrouillé.
Ils croient être arrivés au bout de leurs peines.
Ils rêvent.
Jeanne a beau persister à dire
Le dimanche soir, quand Paul et Héloïse reviennent de Fontainebleau, l'ambiance est funèbre. Jeanne s'enferme avec ses enfants dans une chambre et tente, durant de longues heures, de défaire les nœuds serrés autour de leur cou pendant le week-end. Quand la conduite du père dépasse les bornes, elle l'appelle pour le prévenir que les enfants ne viendront pas avant quelques jours. Il tempête pendant dix minutes, se calme, les reçoit finalement, se montre plus aimable avant de recommencer trois semaines plus tard. Ainsi, au fil de deux débuts d'adolescence devenus bien périlleux.
Quant à la reum, elle n'épargne pas les siens davantage. Mais son registre est différent. Elle se donne en spectacle. Elle fait des scandales publics. La terre entière – notamment les maîtresses et les professeurs des enfants – est informée de l'incurie paternelle. Pour éviter le catch à deux, Pap' l'esquive lors des fêtes des écoles, se cachant du côté de la pêche magique quand elle arrive aux quilles. Tom se faufile tant bien que mal entre les réjouissances. Une fois, ils se retrouvent nez à nez, elle, Jeanne et lui. Il prend la tangente pour épargner leur petit garçon. La reum se replie sur la coiffeuse et envoie torpille sur torpille en direction de la cible principale, sans considération aucune pour la distribution des rôles. Afin de ménager la santé mentale de tous, il décide de fuir les lieux où il pourrait la rencontrer.
Jeanne et lui se demandent comment préserver les enfants de ces tirs dont ils reçoivent les éclats en pleine face. Ils essaient de ne pas répondre, et n'y parviennent pas toujours. Ils se le reprochent. Jusqu'au moment où ils s'aperçoivent que les tirailleurs d'en face, devenus éléments de leur feuilleton quotidien, sont aussi ceux des enfants. Entre eux, ils se racontent les dernières frasques des deux personnages, s'amusent et se moquent. Ils imitent le reup et la reum, jouent les situations de la semaine, transformant en rires ce qui jusqu'alors était grimaces.
«Cela suffira-t-il? s'inquiète Jeanne.
– Sans doute pas», dit-il.
Il faudrait plus. Mais quoi? Et eux-mêmes, rongés par les insultes, les scandales, les pressions, l'étranglement de leurs finances et l'attention soutenue qu'ils portent aux enfants, parviendront-ils à maintenir du jeu dans le nœud coulant qui les enserre chaque jour davantage?
Un mardi soir, Tom et Victor apportent un remède qui pourrait devenir une solution miracle, au moins pour eux-mêmes.
«Grande nouvelle! clame Victor au moment du passage à table.
– Moi, je la trouve petite, objecte Tom.