Qu’est-ce que j’t’ai dit, a toi, ici, dans ce lieu, y’a deux ans, a propos de trouver ma place dans cette vie, sur le boulot rglo et l’autosuffisance?… T’y crois encore?… Dis donc!… C’est des idees rosees, quoi, mec… Tu crois encore que nous, les producteurs, sommes vraiment le sel de la terre?… Mon cul! Nous, les producteurs — nous sommes seulement le betail salarie’… Des vaches… De la viande!… C’est comme a mon frere… Rien a foutre!… Ce que nous faisons au boulot c’est quoi, t’y as jamais pens?… C’est seulement le profit pour ce salaud de patron, en fait, c’est ce qui compte, quoi, et le reste c’est de la merde… Et je m’emmerde dans ce monde de merde!… Toi, par exemple, tu travailles pour vivre, tu repares les voitures, les moyens de locomotion pour les autres bipedes, qui inondent cet espace urbain maudit… Quel usage en est fait? Dis donc! C’est seulement dommageable, mon avis… Moi, j’fais des Boites Lumieres, des boites stupides, et ces boites que j’ai faites avec ces mains, ces memes mains, elles sont pendues partout dans les Etats-Unis, dans toute l’Amerique… Quelques phrases sur elles, quelques mots drolement fous, importuns, appelants: achat, achetez, achete, achete une marchandise, achete un service, laisse ton argent chez nous, depense… Je suis pas heureux d’une telle saloperie… Mes boites illuminent ces rues mortes comme les lumieres de la mort… J’aime pas les lumieres de la mort, moi!… Je prefere les tenebres vives, je vais te dire, je prefere le fremissement du feuillage sur nos alles tenebreuses aves leurs reverberes cassees… Et encore sur le sel de la terre — qu’est-ce que tu penses, y a vraiment une classe ouvriere, ces petits hommes honnets et simples, toujours prets a s’aider les uns les autres? Regarde-les, ces degueulasses, ils sont pires que des piciers, des speculateurs, des cafards… Beaucoup d’eux sont plutot prets fourguer l’un ou l’autre, se vendre aux patrons
pour une surpaye, quoi, s’entre-devorer, ces salauds… Y’a pas de classe proletarienne, mon pote, une masse d’individus mechants mis par hasard dans les stalles diverses, grandes ou petites, ou ils doivent de jour en jour, la petite semaine repeter les mmes actions, insenses, reduites a l’absurde… C’est difficile d’imaginer quelque chose qui serait plus antihumain que la fabrique ou l’usine!… Ch’ais pas, moi… Tu passes la journee entiere te casser le cul pour le profit du patron, en inhalant des volutes de poussiere malsaines et des debris de bois, tu travailles sur une machine-outil anachronique, declassee, qui decharge toujours les morceaux de fer comme des petites lances vers ta tete en t’assassinant presque chaque jour… Mais j’veux pas crever comme ca, mec… Un etre humain, c’est reduit au niveau de simple instrument, qui fait durant toute sa vie les memes actions jusqu’ l’automatisme, et surtout il ne voit pas son produit final!… Sais-tu ce que l’usine me rappelle, moi? C’est Dora!… C’est Buchenwald!… C’est Auschwitz!… Ce bruit monotone, parfois 12 heures de bruit, ces annexes humaines des machines, de la chaine de travail… Et puis… L’argent que tu gagnes, qu’est-ce que tu fais avec ca… J’vais te dire… On va foutrement croquer tous les samedis, on va faire valser… J’en veux plus!… Je quitte!… Dis donc, mon frere, est-ce qu’il y a un endroit pour moi dans cette vie de salaud?… S’il y en a un vraiment, c’est pas ici… Ou est-il? Dis donc… En tout cas, au moins, nous avons notre ville, o nous sommes ns, d’o nous provenons, mec… C’est notre maison… Il est temps de revenir, mon pote, je le sais, je le sens… Je reviens, Федян…1
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— С одной стороны, ты, конечно, во многом прав, Алик, — нео- жиданно вдумчиво и серьёзно отвечает мне Федян. — Но с другой, видишь, это у всех всегда по-разному. Ты вот долго жил за границей, а за это время многое в Алма-Ате изменилось. Причём изменилось до неузнаваемости, ты ещё сам увидишь, удивишься. Люди совсем другие стали. Так что, если даже ты и прав насчёт своего дома, своей улицы, если где-то и есть место, где ты должен чувствовать себя хорошо и спокойно, то это вовсе необязательно должно быть там, где ты родился и долго жил. Не факт! Я, например, считаю, что нашёл своё место здесь, я здесь всем доволен, я чувствую, что моя жизнь развивается, что я ра- сту. Веришь, нет, даже если мне дадут американское граждан- ство, я уже никуда не поеду бродить по свету, как мы хотели. Я никуда не хочу отсюда двигаться. Мне здесь хорошо.
— Ну, Федян, что я могу сказать, это всё из-за Ани, наверное. У вас же типа любовь с ней. Ты пойми, Федян, любви ведь не бы- вает на самом деле, бывает лишь привязанность. Ты привязался к ней, вот и пропала тяга двигаться. Осядешь здесь, погрузне- ешь, детишек заведёте. Так и жизнь пройдёт.