On ne m’accusera pas d’être de ceux qui affectent de résumer un ouvrage et qui, sous ce prétexte, le travestissent. Au contraire, il se trouvera peut-être des lecteurs qui penseront qu’il vaudrait mieux relater chaque épisode de la façon la plus succincte et développer la critique. Mais, étant donnée la nature de l’œuvre qui est l’objet de cette analyse, j’estime que le résumé a uniquement sa raison d’être lorsqu’il s’agit d’épisodes dont les détails importent peu; d’autre part, quand l’Écriture Sainte contient des passages dans le genre de cette aventure de Thamar, il devient nécessaire de citer tout au long. C’est l’esprit divin qui a dicté cela! on ne saurait donc mettre trop en lumière les perles de ce texte sacré. Voilà bien le cas où le critique ne doit pas exposer ses lecteurs à s’entendre dire par un curé qu’ils ont été trompés et qu’on a calomnié la Bible.

Toutes les saletés de l’histoire de Thamar font donc réellement partie du livre de foi; elles y figurent crûment, et l’Eglise les déclare authentiques, malgré leur invraisemblance.

Car c’est une chose bien singulière que Thamar, ayant eu si peu de chance avec ses deux premiers maris, veuille se livrer à leur père, parce qu’il a oublié de lui donner son troisième fils, qu’il avait promis! «Elle prend un voile pour se déguiser en fille de joie, a fait remarquer Voltaire; mais, au contraire, le voile était et fut toujours le vêtement des honnêtes femmes. Il est vrai que, dans les grandes villes, où la débauche est fort connue, les filles de joie vont attendre les passants dans de petites rues, comme à Londres, à Paris, à Venise, à Rome; mais il n’est pas vraisemblable que le rendez-vous des filles de joie, dans le misérable pays de Canaan, fût à la campagne, au carrefour des routes. Il est bien étrange, en outre, qu’un patriarche fasse l’amour en plein jour avec une fille de joie sur le grand chemin, et s’expose à être pris sur le fait par tous les passants. Le comble de l’impossibilité est que Juda, étranger dans Canaan, et n’ayant pas la moindre possession, ordonne qu’on brûle sa belle-fille, dès qu’il sait qu’elle est grosse, et que sur-le-champ on prépare un bûcher, comme s’il était le juge et le maître du pays.

Cette histoire a quelque rapport avec celle de Thyeste qui, rencontrant sa fille Pélopée, coucha avec elle sans la connaître. Les critiques disent que les Juifs écrivirent fort tard, et qu’ils copièrent beaucoup d’histoires grecques qui avaient cours dans toute l’Asie Mineure. Josèphe et Philon, historiens juifs, avouent que les livres juifs n’étaient connus de personne, et que les livres grecs étaient connus de tout le monde.»

Après l’histoire de Thamar, la Genèse revient à Joseph, et nous avons ici un épisode dont la ressemblance avec l’histoire de Thésée, Phèdre et Hippolyte, est des plus frappantes. L’auteur sacré nous apprend que Putiphar, cet eunuque richard qui avait acheté Joseph, était marié, et que, bien que n’adorant pas le dieu de Joseph, il ne tarda pas à reconnaître que ce dieu faisait prospérer toutes les affaires de son esclave.

«Putiphar vit que l’Eternel était avec Joseph et que l’Eternel faisait prospérer toutes choses entre ses mains.» (39:3)

Cette constatation ne poussa nullement notre eunuque à se convertir à la religion juive;

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