Frodo tomba sur Merry : son visage était froid au toucher. Alors lui revint tout à coup à l’esprit, disparu dès l’arrivée du brouillard, le souvenir de la maison là-bas sous la Colline, et des chansons de Tom. Il se remémora la comptine que Tom leur avait apprise et, d’une voix frêle et désespérée, il entonna :
Un profond silence tomba soudain, et Frodo put entendre les battements de son cœur. Après un lent et long moment, il entendit une voix, claire mais lointaine, comme sortant du sol ou traversant d’épais murs, qui lui répondait en un chant :
Il y eut un fort grondement, comme de pierres qui roulent et qui tombent ; et soudain la lumière fut, la vraie lumière, celle qui illumine le jour. Une ouverture basse, semblable à une porte, apparut dans le mur aux pieds de Frodo ; et voilà que la figure de Tom (son chapeau, sa plume et le reste) se découpait devant le rougeoiement du soleil levant. La lumière tomba sur le plancher et sur les visages des trois hobbits allongés près de Frodo. Ils ne firent aucun mouvement, mais la pâleur maladive les avait quittés. Ils ne semblaient plus que très profondément endormis.
Tom se pencha, retira son chapeau et entra dans la pièce sombre en chantant :
À ces mots, un hurlement se fit entendre, et le fond de la pièce s’effondra en partie avec un grand fracas. Puis il y eut un long cri strident qui finit par se perdre en des profondeurs insondables ; et enfin, le silence.
« Venez, Frodo, l’ami ! dit Tom. Allons fouler l’herbe pure ! Il faut que vous m’aidiez à les porter. »
Ensemble, ils transportèrent Merry, Pippin et Sam à l’extérieur. En sortant du tertre pour la dernière fois, Frodo crut apercevoir une main coupée qui se tortillait encore, comme une araignée blessée, dans un tas de terre effondrée. Tom y entra de nouveau, et il y eut de nombreux coups et piétinements. Il ressortit les bras chargés de trésors : des objets d’or, d’argent, de cuivre et de bronze ; des perles, des chaînes et des bijoux en nombre. Il grimpa jusqu’au sommet du tertre vert et les déposa en tas à la lumière du soleil.
Il se tint là, chapeau à la main et cheveux au vent, et regarda en bas dans l’herbe les trois hobbits étendus sur le dos, du côté ouest du monticule. Levant sa main droite, il dit d’une voix claire et impérieuse :
Les hobbits remuèrent, à la grande joie de Frodo ; et ils s’étirèrent, se frottèrent les yeux et se relevèrent soudain d’un bond. Ils jetèrent tout autour des regards étonnés, d’abord vers Frodo, puis vers Tom qui se tenait là, incroyable mais vrai, au sommet du tertre ; enfin ils se regardèrent eux-mêmes, vêtus de haillons blancs et légers, couronnés et ceinturés d’or pâle, et chargés de bijoux cliquetants.