La solution fut d'installer Woody le jour même dans le pavillon de la piscine des Baltimore. Il y serait tranquille jusqu'à l'été, personne n'y venait jamais. Hillel lui donna des couvertures, de la nourriture et un talkie-walkie pour communiquer.

Ce soir-là, Artie Crawford passa chez les Baltimore leur annoncer la disparition de Woody.

— Comment ça, disparu ? demanda Tante Anita.

— Il n'est pas revenu au foyer. Nous avons découvert qu'il n'allait plus en classe depuis des semaines.

Oncle Saul se tourna vers Hillel :

— As-tu vu Woody aujourd'hui ? demanda-t-il.

— Non, P'a.

— Tu es sûr ?

— Oui, P'a.

— Tu as une idée de l'endroit où il pourrait être ? l'interrogea Artie.

— Non, je voudrais bien pouvoir vous aider.

— Hillel, je sais que Woody et toi êtes très liés. Si tu sais quelque chose, tu dois me le dire, c'est très important.

— Il y a bien quelque chose… Il a parlé d'aller en Utah, retrouver son père. Il voulait prendre le bus jusqu'à Salt Lake City.

Cette nuit, ils se parlèrent au moyen de leur talkie-walkie. Hillel chuchotait, caché sous ses couvertures, pour être certain que ses parents ne puissent pas l'entendre :

— Woody ? Tout va bien ? À toi.

— Tout va bien, Hill. À toi.

— Crawford est venu ce soir à la maison. À toi.

— Il voulait quoi ? À toi.

— Il te cherchait. À toi.

— Tu lui as dit quoi ? À toi.

— Que tu étais en Utah. À toi.

— Bien joué. Merci. À toi.

— De rien, mon pote.

Durant les trois jours qui suivirent, Woody resta caché dans le pavillon. Le matin du quatrième jour, il en sortit à l'aube et se cacha dans la rue pour attendre Hillel et l'accompagner à l'école.

— T'es fou, lui dit Hillel. Si quelqu'un te voit, t'es cuit !

— J'étouffe dans le pavillon. J'ai besoin de me dégourdir les jambes. Et si Porc ne me voit plus à l'école, j'ai peur qu'il s'en prenne à toi.

Woody accompagna Hillel jusque dans la cour de l'école, où il se mêlait à la foule des autres élèves. Mais ce matin-là, le principal Hennings remarqua ce garçon qu'il n'avait encore jamais vu et dont il sut immédiatement qu'il n'était pas un élève de l'école. Il songea au signalement qu'on lui avait donné et prévint la police. Dans la minute qui suivit, une patrouille arriva aux abords de l'école. Woody la remarqua aussitôt et voulut s'enfuir mais il se cogna contre Hennings.

— Excusez-moi, jeune homme, qui êtes-vous ? demanda Hennings d'un ton sévère en posant une main ferme sur son épaule pour le retenir.

— Cours, Woody ! s'écria Hillel. Sauve-toi !

Woody se dégagea de la main de Hennings et prit ses jambes à son cou. Mais déjà les policiers l'avaient rattrapé et le maîtrisaient. Hillel courut vers eux, en criant : « Laissez-le ! Laissez-le ! Vous n'avez pas le droit ! » Il voulut repousser les policiers mais Hennings s'interposa et le retint. Hillel éclata en sanglots. « Laissez-le ! hurla-t-il aux policiers qui emmenaient Woody. Il n'a rien fait ! Il n'a rien fait ! »

Tous les élèves dans la cour de récréation regardèrent, médusés, Woody être embarqué dans la voiture de police avant que Hennings et les enseignants ne les dispersent en les sommant de regagner leurs classes.

Hillel passa la matinée à pleurer à l'infirmerie. À l'heure du déjeuner, Hennings vint le trouver.

— Allons, mon garçon, va en classe maintenant.

— Pourquoi vous avez fait ça ?

— Le directeur du foyer de Woody m'avait averti que je le verrais probablement ici. Ton ami a fait une fugue, tu comprends ce que cela signifie ? C'est quelque chose de grave.

Le cœur lourd, Hillel retourna en classe pour les cours de l'après-midi. Porc l'y attendait impatiemment. « L'heure de la vengeance a sonné, Crevette, lui dit-il. Maintenant que ton petit copain Woody n'est plus là, je vais pouvoir m'occuper de toi dès que les cours seront terminés. J'ai une belle merde de chien qui t'attend. Tu as déjà mangé de la merde de chien ? Non ? Ce sera ton dessert. Tu vas la manger jusqu'au dernier morceau. Miam, miam ! »

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