Tante Anita invita Alexandra et Patrick à dîner le soir même et nous nous retrouvâmes tous les sept sous le kiosque recouvert d'aristoloche. Patrick Neville expliqua qu'il y avait longtemps qu'il voulait une maison dans la région et que
Après le repas, pendant qu'Oncle Saul, Tante Anita et Patrick Neville prenaient un digestif au bord de la piscine, Alexandra, mes cousins et moi sortîmes nous promener dans la rue. Il faisait nuit mais il régnait une chaleur tardive agréable. Nous parlâmes de tout et n'importe quoi. Alexandra raconta sa vie d'étudiante à l'université de Madison, dans le Connecticut. Elle ne savait pas vraiment encore à quoi elle se destinait.
— Et la musique ? demanda Woody. Tu joues toujours de la musique ?
— Moins qu'avant. J'ai plus vraiment le temps…
— C'est dommage, dis-je.
Elle eut un regard un peu triste.
— Ça me manque pas mal, à vrai dire.
La retrouver m'avait brisé le cœur. J'étais encore accroché à sa voix, à son visage, à son sourire, à son odeur. Au fond, je n'avais pas tellement envie de la revoir. Mais elle était notre voisine et je voyais mal comment je pouvais l'éviter. Surtout que mes deux cousins ne juraient que par elle et qu'il m'était impossible de leur raconter ce qui s'était passé entre elle et moi.
Le lendemain, elle nous invita à venir nous baigner chez elle. Je suivis Woody et Hillel de mauvaise grâce. L'océan était froid et nous passâmes l'après-midi au bord de sa piscine, beaucoup plus grande que celle des Baltimore. Elle s'arrangea pour que je vienne l'aider à chercher des boissons dans la cuisine et que nous nous retrouvions seuls.
— Markikette, je voulais te dire… ça me fait plaisir de te revoir. J'espère que tu n'es pas mal à l'aise car je ne le suis pas. Je suis contente de voir que nous pouvons rester amis.
J'eus une moue boudeuse. Personne n'avait parlé d'être amis.
— Pourquoi tu ne m'as plus jamais donné de nouvelles ? demandai-je d'un ton révolté.
— Des nouvelles ?
— Je suis souvent passé près de chez ton père, à New York…
— Près de chez mon père ? Mais Marcus, qu'est-ce que tu attends de moi ?
— Rien.
— Ne dis pas rien, je sens bien que tu m'en veux. Est-ce que tu m'en veux d'être partie ?
— Peut-être.
Elle soupira pour marquer son agacement.
— Marcus, tu es un garçon génial. Mais nous ne sommes plus ensemble. Je suis contente de te revoir, toi et tes cousins, mais si c'est trop dur pour toi de me voir sans ressasser le passé, alors je préfère qu'on s'évite.
Je lui mentis et lui dis que je ne ressassais rien, que notre histoire avait à peine compté à mes yeux et que je m'en souvenais à peine. J'attrapai des cannettes de Dr Pepper et je sortis rejoindre mes cousins. J'avais retrouvé Alexandra, mais ce n'était pas la même Alexandra. La dernière fois que je l'avais vue, elle était encore à moi. Et je la retrouvais, jeune adulte épanouie, étudiante dans une prestigieuse université alors que moi j'étais resté dans mon petit monde de Montclair. Je comprenais qu'il me fallait l'oublier mais lorsque je la voyais au bord de la piscine, en maillot de bain, son reflet dans l'eau devenait son reflet dans le miroir du Waldorf Astoria, et les souvenirs de notre passé revenaient hanter ma mémoire.
Nous passâmes tout notre séjour dans les Hamptons chez les Neville. Leur maison nous était grande ouverte et
Patrick Neville avait remeublé l'intérieur avec goût, refait entièrement la cuisine et installé un hammam au sous-sol. Le dallage de la piscine avait été changé. Il avait gardé la fontaine qui me faisait rêver et le chemin de pierres qui serpentait entre des buissons d'hortensias jusqu'à la plage de sable blanc que léchait l'océan couleur azur.
Depuis son installation à New York, Patrick Neville avait connu avec son fonds d'investissement un succès qui ne s'était pas démenti : son salaire et ses gratifications avaient suivi la courbe de ses performances. Il avait littéralement fait fortune.
Si la beauté du