Eh bien, c'est le romantisme national qui connut un essor quelques années plus tard à Heidelberg. Les romantiques natio naux s'intéressaient surtout à l'histoire, à la langue du « peuple », c'est-à-dire à tout ce qui relevait de la culture « populaire ». Car le peuple aussi était considéré comme un organisme devant développer ses possibilités internes, tout comme la nature ou l'histoire.

Dis-moi tu vis et je te dirai qui tu es...

Ce qui relie ces deux aspects du romantisme, c'est la notion d'organisme. Tout, que ce soit une plante, le peuple, un poème, la langue ou la nature tout entiere, était considéré comme un organisme vivant. L'esprit du monde était tout aussi présent dans la culture populaire que dans la nature et l'art.

Je comprends.

Herder avait rassemblé des chansons populaires de nom breux pays et il avait fort judicieusement intitulé son recueil : Stimmen der Vôlker in Liedern (un recueil de chants tradition nels). A Heidelberg, on commença à rassembler des airs et des contes populaires. Tu as entendu parler des Contes des frères Grimml

Ah ! oui... Blanche-Neige, le Petit Chaperon rouge, Cendrillon, Hânselet Gretel...

Et tant d'autres. De même en Norvège, AsbjOrnsen et Moe voyagèrent à travers tout le pays pour recueillir la « vraie litté rature du peuple ». On redécouvrit aussi les anciens mythes et les poèmes païens. Des compositeurs se mirent à introduire des airs populaires dans leur musique, tentant par ce moyen de rapprocher la musique populaire de la musique dite savante.

La musique dite savante?

C'est-à-dire composée selon des règles bien précises par une seule personne, disons Beethoven. Alors que la musique populaire venait du peuple lui-même et non d'un seul individu. Aussi est-il très difficile de dater les airs populaires. C'est la même chose pour les contes populaires par rapport à la littéra ture dite savante.

La littérature dite savante?

Oui, c'est une littérature écrite par une seule personne, prenons H. C. Andersen. Les romantiques raffolaient justement des contes. D suffit de songer au grand écrivain allemand passé maître dans ce genre : E. T. A. Hoffmann.

Ça me dit quelque chose, les Contes d'Hoffmann...

La forme du conte était une des formes littéraires de pré dilection des romantiques, comme avait pu l'être le théâtre pour la période baroque. Cela permettait à l'écrivain de laisser libre cours à son imagination.

Il pouvait se croire le dieu d'un univers recréé de toutes pièces.

Exactement. Bon, je crois que nous pouvons à présent nous résumer.

Je t'en prie !

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