D se contenta d'acquiescer.
— Et je suis riche comme Crésus. Jamais un centime de gas pillé. Cest pourquoi je dois me concentrer pour faire les comptes.
— Eh bien, si tu en as le courage !...
Sophie lui adressa un petit signe de la main et continua son chemin. Mais juste quelques mètres plus loin, elle vit une petite fille qui était toute seule sous un des grands arbres. Elle était vêtue de haillons et avait le teint pâle et maladif. Au moment où Sophie passa près d'elle, elle sortit d'un petit sac une boîte d'allumettes.
— Vous ne voulez pas m'acheter des allumettes? demanda t-elle.
Sophie mit sa main dans la poche pour voir si elle avait de l'argent sur elle. Ah, si ! Elle avait une pièce d'une couronne.
— Ça coûte combien?
— Une couronne.
Sophie tendit la pièce et se retrouva avec la boîte d'allu mettes à la main.
— Tu es la première à m'acheter quelque chose depuis plus de cent ans. Parfois, je meurs de faim ou je suis transie de froid.
Sophie songea que ce n'était pas étonnant qu'elle n'arrive pas à vendre ses boîtes d'allumettes au fond de la forêt. Puis elle se souvint du riche homme d'affaires d'à côté. Ce n'était pas normal que la petite fille meure de faim quand quelqu'un avait autant d'argent que ça.
— Viens par ici, dit Sophie en prenant la petite fille par la main et en l'entraînant jusqu'au riche homme d'affaires.
— Tu dois faire en sorte que sa vie soit moins dure, lança-t-elle.
L'homme leva les yeux de ses papiers et dit en plissant le
Iront :
— Ça coûte de l'argent et je t'ai déjà dit qu'il n'était pas question que je gaspille un seul centime.
— Mais c est injuste que tu sois si riche quand cette petite fille est si pauvre, insista Sophie.
— Quelles idioties! La justice n'existe qu'entre les gens du même monde.
— Qu'est-ce que tu entends par là?
— Je me suis fait tout seul et tout travail mérite salaire, non ? C'est ce qu'on appelle le progrès.
— Ça, c'est le comble !
— Si tu ne m'aides pas, je vais finir par mourir, intervint la petite fille pauvre.
L'homme d'affaires leva les yeux à nouveau et, donnant un grand coup à la table avec sa plume :
— Tu n'esjnscrite mille part dans mes livres de comptes. Allez, ouste ! À l'hospice !
— Si tu ne m'aides pas, j'allume un incendie de forêt, pour suivit la petite fille pauvre.
Alors l'homme se leva derrière son bureau, mais la petite fille avait déjà craqué une allumette. Elle la jeta dans l'herbe sèche qui s'embrasa aussitôt.
L'homme riche fit de grands moulinets avec les bras en criant :
— Au secours ! Les rouges sont de retour !
La petite fille lui lança un regard moqueur :
— Tu ne savais pas que j'étais communiste, hein ?
L'instant d'après la petite fille, l'homme d'affaires et le
bureau avaient disparu. Sophie se retrouva seule à regarder le feu gagner du terrain. Elle essaya d'étouffer les flammes en marchant dessus et parvint au bout d'un moment à éteindre le feu.
Dieu soit loué! Sophie jeta un coup d'œil aux touffes d'herbes brûlées. Elle tenait encore à la main une boîte d'allu mettes.
Ce n'était quand même pas elle qui avait mis le feu?