Sophie indiqua une vague direction entre les arbres.

Jorunn n'était pas très chaude pour y aller, mais elles fini rent par se mettre en route. Le soleil était bas à l'horizon.

Elles s'enfoncèrent d'abord entre les hauts sapins, puis se frayèrent un chemin à travers le sous-bois et les broussailles avant de trouver un sentier. Etait-ce celui qu'elle avait pris l'autre dimanche matin?

Mais oui, elle reconnut de loin le chalet.

— C'est là-bas, dit-elle.

Elles arrivèrent au bord du petit lac. Sophie observa le cha let dont les volets étaient à présent fermés. La maison rouge semblait tout à fait abandonnée.

Jorunn regarda autour d'elle.

— On va marcher sur l'eau ou quoi ? demanda-t-elle.

— Fais pas l'idiote, on y va en barque.

Sophie montra du doigt les roseaux. La barque avait été ramenée à la même place que la dernière fois.

— Tu es déjà venue ?

Sophie fit non de la tête. C'était trop compliqué à expli quer. Comment parler de sa première visite sans dévoiler une partie du secret qui la liait à Alberto Knox et son cours de philosophie?

Elles se lancèrent quelques vannes et rirent de bon cœur pendant qu'elles traversaient le lac. Sophie veilla à bien tirer la barque sur la rive de l'autre côté et elles se retrouvèrent devant la porte. Jorunn tourna la poignée, mais il était clair qu'il n'y avait personne dans le chalet.

— C'est fermé... Tu ne t'imaginais quand même pas que c'était ouvert?

— Attends, peut-être qu'on va trouver une clé, dit Sophie.

Elle se mit à chercher entre les pierres du mur.

— Non, allez, on s'en va, dit Jorunn après quelques minutes.

Mais au même instant Sophie s'écria :

— Ça y est, je l'ai trouvée !

Elle brandissait triomphalement une clé. Elle la mit dans la serrure et la porte s'ouvrit.

Les deux amies se glissèrent rapidement à l'intérieur comme des voleuses. Il faisait froid et sombre à l'intérieur.

— On n'y voit goutte, dit Jorunn.

Mais Sophie avait tout prévu. Elle sortit de sa poche une boîte d'allumettes et en gratta une. Cela leur suffitjuste pour se rendre compte que le chalet était complètement vide. Sophie en gratta une autre et eut le temps d'apercevoir une bougie dans un chandelier en fer forgé posé sur le bord de la cheminée. Elle l'alluma et elles purent enfin inspecter la pièce.

— N'est-ce pas étonnant à quel point une petite lumière peut éclairer une telle obscurité? demanda Sophie.

Son amie acquiesça.

— Mais il existe un endroit où la lumière se perd dans le noir, poursuivit Sophie. En fait, l'obscurité n'existe pas en tant que telle. Elle n'est que l'absence de la lumière.

— Mais qu'est-ce qui te prend de parler comme ça? Allez viens, on s'en va...

— Non, on va d'abord se regarder dans le miroir.

Sophie indiqua le miroir en laiton resté au-dessus de la

commode.

— Qu'il est beau...

— Oui, mais c'est un miroir magique.

— « Miroir magique, dis-moi qui est la plus belle ? »

— Je ne plaisante pas, Jorunn. Je t'assure que tu peux regar der de l'autre côté du miroir et apercevoir quelque chose.

— Mais tu m'as dit que tu n'étais jamais venue ici aupara vant. Arrête, ça t'amuse de me faire peur?

Sophie resta silencieuse.

Sorry!

Ce fut au tour de Jorunn de découvrir quelque chose qui traînait par terre dans un coin. C'était une petite boîte. Jorunn se pencha pour la ramasser.

— Tiens, des cartes postales !

Sophie poussa un petit cri :

— Touche pas à ça ! Tu m'entends ? Touche pas, je te dis !

Jorunn sursauta. Elle laissa tomber la boîte comme si elle

venait de se brûler. Les cartes s'éparpillèrent sur le sol. Après quelques secondes, elle se mit à rire :

— Mais ce ne sont que des cartes postales.

Jorunn s'assit par terre. Elle commença à les ramasser et Sophie aussi.

— Du Liban... du Liban... encore du Liban... Elles ont toutes été postées du Liban, constata Jorunn.

— Je sais, ne put s'empêcher de dire Sophie dans un souffle.

— Tu es donc déjà venue, n'est-ce pas?

— Euh... oui.

Elle se dit qu'après tout ce serait plus simple d'avouer. Quel mal y avait-il à mettre son amie un peu au courant de toutes les aventures étranges qu'elle avait vécues ces derniers jours ?

— Je n'avais pas envie de t'en parler avant d'être ici.

Jorunn s'était mise à lire les cartes postales.

— Elles sont toutes adressées à une certaine Hilde MOller Knag.

Sophie n'avait pas encore regardé les cartes.

— Il n'y a rien d'autre comme adresse?

Jorunn lut à haute voix :

— Hilde MOller Knag, c/o Alberto Knox, Lillevann, Norvège.

Sophie poussa un soupir de soulagement. Elle avait craint qu'il ne soit écrit aussi c/o Sophie Amundsen sur les cartes. Rassurée, elle commença à les examiner d'un peu plus près.

— Le 28 avril... le 4 mai... le 6 mai... le 9 mai... Mais elles ont été postées il y a à peine quelques jours !

— Ce n'est pas tout... Tous les cachets sont norvégiens. Regarde un peu : « Contingent des Nations unies ». Ce sont aussi des timbres norvégiens...

— Je crois que c'est normal. Ils doivent rester neutres en quelque sorte, alors ils ont peut-être leur propre bureau de poste sur place.

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