— Mais comment leur courrier arrive-t-il chez nous ?

— Par avion militaire, probablement.

Sophie posa la bougie par terre et les deux amies se mirent à lire le texte des cartes. Jorunn les rangea par ordre chrono logique et prit la première carte :

Chère Hilde,

Tu ne peux sa voir combien je suis heureux à l'idée de rentrera Lillesand. Je pense atterrira Kjevik en début de soirée le jour de la Saint-Jean. J'aurais vraiment aimé être le jour de tes quinze ans, mais je dois obéir aux ordres militaires. Par contre, je mets tout en œuvre pour que tu aies un très beau cadeau le jour de ton anniversaire.

Tendrement, de la part de quelqu 'un qui pense très fort à l'avenir de sa fille.

P.-S. : J'envoie un double de cette carte à une amie que nous connaissons bien tous les deux. Tu comprendras plus tard, petite Hilde. Je sais qu 'actuellement je dois te sembler bien mystérieux, mais fais-moi confiance.

Sophie prit la carte suivante :

Chère Hilde,

Ici on vit au jour le jour. Ce que je retiendrai de ces mois passés au Liban, ce sera sans doute la perpétuelle attente. Maisje fais tout ce queje peux pour que tu aies

le plus beau cadeau d'anniversaire possible. Je ne peux t'en dire plus pour l'instant. Je m'impose une censure sévère.

Je t'embrasse,

Papa.

Les deux amies retenaient leur souffle. Aucune des deux n'osait dire un mot tant elles brûlaient de connaître la suite.

Ma chère enfant,

J'aurais bien aimé t'adresser mes confidences avec une colombe blanche. Mais on ne pratique pas l'éle vage des colombes blanches au Liban. S'il y a vraiment quelque chose qui fait cruellement défaut à ce pays ravagé par la guerre, ce sont les colombes blanches. Puissent les Nations unies parvenir unjour à rétablir la paix dans le monde !

P.-S. : Peut-être que tu peux partager ton cadeau d'anniversaire avec d'autres personnes ?Nous verrons cela quand je rentrerai à la maison. Tu ne sais toujours pas de quoi je parle.

De la part de quelqu 'un qui a tout le temps de penser à nous deux.

Elles lirent ainsi six cartes et il n'en resta plus qu'une :

Chère Hilde,

J'en ai tellement assez de toutes ces cachotteries à propos de ton cadeau d'anniversaire que je dois plu sieurs fois parjour m'interdire de te téléphoner pour ne pas lâcher le morceau. C 'est quelque chose qui ne cesse de grandir. Et comme tout ce qui devient de plus en plus grand, cela devient aussi de plus en plus difficile à gar der pour soi.

Ton Papa qui t'embrasse.

P. -S. : Tu rencontreras un jour une fille qui s'appelle Sophie. Pour que vous ayez l'occasion de vous

connaître un peu au préalable, j'ai commencé à lui envoyer des doubles de toutes les cartes queje t'envoie. Ne crois-tu pas qu 'elle commence à faire le rapproche ment, Hilde chérie ? Pour l'instant, elle n'en sait pas plus que toi. Elle a une amie qui s'appelle Jorunn. Elle, elle pourra peut-être l'aider.

Après la lecture de cette dernière carte, les deux amies se regardèrent droit dans les yeux. Jorunn avait saisi le poignet de Sophie et le serrait :

— J'ai peur, dit-elle.

— Moi aussi.

— Quelle était la date du dernier cachet de la poste ?

Sophie examina à nouveau la carte.

— Le 16 mai, répondit-elle. C'est aujourd'hui.

— Mais c'est impossible ! s'emporta Jorunn.

Elles observèrent soigneusement le cachet, mais il n'y avait aucun doute possible : c'était bien « 16-05-90 ».

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