Vieux comme le monde,

Toujours, je vagabonde.

Des cornes à la bouche,

Jamais je ne me couche,

Pas même pour mourir.

M’entends-tu barrir ?

C’est moi, l’Oliphant,

Géant des géants,

Vieux, gros et grand.

Si jamais tu me vois,

Tu ne m’oublieras pas ;

Si tu ne me vois jamais,

Tu ne me croiras pas vrai.

Mais je suis l’Oliphant

Et jamais je ne mens.

« Ça, dit Sam lorsqu’il eut fini de réciter, c’est un poème à nous dans le Comté. Des fariboles, peut-être, mais peut-être pas. Mais on a aussi nos contes à nous, et on reçoit des nouvelles du Sud, nous aussi. Autrefois, il y avait des hobbits qui allaient en voyage, de temps en temps. Pas qu’ils aient été nombreux à revenir, et pas qu’on ait cru tout ce qu’ils racontaient : des nouvelles de Brie, et non sûr comme parole du Comté, pour dire comme on dit. Mais j’ai entendu des histoires au sujet des grandes gens qui vivent par là-bas, dans les Terres du Soleil. Les Bistrés, qu’on les appelle dans nos contes ; et ils montent des oliphants, qu’on dit, quand ils vont au combat. Ils mettent des maisons et des tours sur le dos des oliphants et tout, et puis les oliphants, ils se lancent des rochers et des arbres. Alors quand je t’ai entendu dire : “des Hommes du Sud tout en rouge et or”, j’ai dit : “Est-ce qu’il y avait des oliphants ?” Parce que s’il y en avait eu, j’aurais voulu les voir, peu importe le danger. Mais maintenant, je suppose que j’en verrai jamais, des oliphants. Peut-être qu’elles existent pas, ces bêtes. » Il soupira.

« Non, pas d’oliphants, répéta Gollum. Sméagol n’en a pas entendu parler. Il ne veut pas en voir. Il ne veut pas qu’ils existent. Sméagol veut partir d’ici et se cacher ailleurs, dans un endroit plus sûr. Gentil maître, pourquoi il ne vient pas avec Sméagol ? »

Frodo se leva. Malgré tous ses tiraillements, il avait ri quand Sam s’était mis à réciter les vers d’Oliphant, une vieille comptine du coin du feu ; et le rire l’avait libéré de toute hésitation. « Je voudrais qu’on ait mille oliphants avec Gandalf à leur tête, sur un oliphant blanc, dit-il. Alors, on réussirait peut-être à forcer un chemin dans ce maudit pays. Mais nous n’avons rien de tout cela ; seulement nos vieilles jambes fatiguées. Eh bien, Sméagol, la troisième fois sera peut-être la meilleure. Je vais te suivre. »

« Bon maître, sage maître, gentil maître ! s’écria Gollum, fou de joie, tapotant les genoux de Frodo. Bon maître ! Alors reposez-vous maintenant, gentils hobbits, dans l’ombre des pierres, tout collés contre elles ! Reposez-vous et restez tranquilles, jusqu’à ce que la Face Jaune s’en aille. Alors on pourra s’en aller très vite. Très doux et très vite, comme des ombres, il faudra se sauver ! »

4Ragoût de lapin aux herbes

Pour les quelques heures de lumière qui restaient, ils se reposèrent dans l’ombre, se déplaçant à mesure que le soleil avançait, jusqu’à ce qu’enfin, l’ombre s’allongeât sur le côté ouest du vallon, tout enveloppé d’obscurité. Alors, ils prirent un peu de nourriture et burent avec parcimonie. Gollum ne voulut rien manger, mais il accepta volontiers de l’eau.

« Bientôt en trouver d’autre, dit-il en se léchant les lèvres. Bonne eau coule dans les ruisseaux qui descendent au Grand Fleuve, très bonne eau dans le pays où on va. Sméagol trouvera aussi de la nourriture là-bas, peut-être. Il a très faim, oui gollum ! » Il posa ses deux grandes mains plates sur son ventre ratatiné, et une pâle lueur verte parut dans ses yeux.

Le crépuscule était tombé lorsqu’ils partirent enfin : rampant par-dessus le bord ouest du vallon, ils passèrent comme des fantômes dans le pays accidenté en bordure de la route. La lune n’était plus qu’à trois nuits de son plein, mais elle ne devait pas franchir les montagnes avant minuit ou presque, et le début de leur voyage se fit dans la plus grande obscurité. Une unique lueur rouge brûlait très haut dans les Tours des Dents ; mais rien ne se voyait ou ne s’entendait par ailleurs, aucun signe de la garde incessante sur la Morannon.

Pendant de nombreux milles, on eût dit que l’œil rouge les fixait, dans leur fuite laborieuse à travers un pays aride et rocailleux. Ils n’osaient pas emprunter la route, mais la laissaient à quelque distance sur leur gauche, suivant son tracé du mieux qu’ils le pouvaient. Enfin, quand la nuit se fit vieille et que la fatigue les eut déjà rattrapés (car ils n’avaient fait qu’une seule brève halte), l’œil se réduisit à un minuscule point de flamme, puis disparut : ils avaient contourné le sombre épaulement nord des contreforts et se dirigeaient vers le sud.

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